Même dehors, la N-VA entend rester le patron

Philippe Walkowiak
Philippe Walkowiak - © RTBF

Charles Michel et les trois partis qui lui restent fidèles avaient pourtant répété que le nouveau gouvernement n’en était pas véritablement un, qu’il n’était qu’un avatar de celui porté sur les fonts baptismaux en octobre 2014 et que donc il n’était surtout pas question de nouvelle déclaration gouvernementale et encore moins de solliciter un vote de confiance.

Retour sur terre.

Logique constitutionnelle

Les services juridiques de la Chambre constatent finalement que le Premier Ministre doit bel et bien demander une nouvelle confiance aux 150 députés, représentants de la Nation, des citoyens qui ont voté en 2014. C’est tout à fait dans la logique du fonctionnement des institutions.

Mais bien entendu, derrière ce prescrit constitutionnel, se joue également une pièce de théâtre politique sur fond de dissensions dans la majorité en place et de campagne électorale.

Charles Michel, et avec lui MR, Open-VLD et CD&V, devait aller à Marrakech soutenir le Pacte sur les migrations ; de son côté, la N-VA a fait de son refus l’acte fondateur de sa " nouvelle " campagne électorale, après n’avoir rien dit sur le sujet. Le Pacte et les problèmes qui lui posent ne font ainsi pas une ligne dans le livre que Theo Francken vient de publier.

La N-VA a indiqué qu’elle voterait les textes pour lesquels elle a déjà marqué son soutien (exemple : le budget 2019) mais n’entend pas laisser un blanc-seing à Charles Michel ou encore laisser croire que Michel 2 est le prolongement naturel de Michel 1. Les nationalistes entendent marquer la rupture. Et comme ils représentent le plus important groupe de l’hémicycle, rien ou presque ne peut se décider sans leur bon vouloir.

Confiance ou élections ?

L’actuelle majorité minoritaire (52 députés sur 150) doit composer avec l’opposition majoritaire. Au sein de celle-ci, la N-VA représente 31 députés. Difficilement négligeable. Même en ayant quitté le navire gouvernemental, Bart De Wever entend garder un œil sur le cap suivi : il souhaite une déclaration gouvernementale au préalable vérifiée avec nous et si on fait comme si on n'a pas besoin de nous pour une majorité démocratique, alors c'est une sorte de coup d'État dissimulé, en douceur. Charles Michel est prévenu, non pas que la N-VA lui en veuille particulièrement mais Bart De Wever entend ne laisser aucune marge de manœuvre au CD&V et à l’Open VLD, ses principaux rivaux à droite dans l’actuelle campagne électorale.

Le Premier Ministre devra donc passer sous les fourches caudines de la Chambre. Il doit compter sur la bienveillance de la N-VA pour ne pas tomber.

Même s’il a essayé d’y échapper, Charles Michel doit à présent obtenir la confiance de la Chambre. C’est le processus démocratique normal dans ce pays.

 

@PhWalkowiak

 

 

Archives : Journal télévisé 10/12/2018

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