Marc Uyttendaele : "Quelle que soit l'initiative que prendra le roi, il sera vivement critiqué"

Le roi a finalement pris sa décision ce matin : il a bien reçu le Vlaams Belang, rompant ainsi personnellement le cordon sanitaire. Si le roi sait qu’il risque avec ce geste symbolique d’essuyer des critiques, il ne pouvait probablement pas faire autrement. Un peu plus tôt, dans Matin Première, l’avocat constitutionnaliste Marc Uyttendaele rappelait l’omniprésence du Vlaams Belang dans le paysage flamand, et la fracture qu’il produisait dans le pays. "La culture intellectuelle et politique n’a plus rien à voir au Nord et au sud du pays. C’est clair qu’aujourd’hui, il y a une banalisation à la fois du VB et de ses idées : il y a une porosité, tout le monde le voit, entre le VB et la N-VA. Alors que du côté francophone, il y a une défense plus nette d’un certain nombre de principes et il n’y a pas d’extrême-droite pour le moment."

C’est ce qui risque de rendre les choses plus difficiles qu’en 2014. A l’époque, la formation du gouvernement avait été plutôt aisée, les partis politiques avaient pris leurs responsabilités, estime Marc Uyttendaele : "le roi n’a pas dû jouer de rôle, il n’était pas exposé." A l’inverse, Philippe est dans une situation délicate cinq ans plus tard : la situation entre les deux communautés est devenue "irréconciliable, ajoute l’avocat. Quelle que soit l’initiative que prend le roi, elle risque d’être vivement critiquée, mise en cause, et derrière cela, c’est une certaine forme d’intégrité du système institutionnel qui est menacée."

Il convient de réfléchir très profondément au modèle proportionnel

Marc Uyttendaele va plus loin : pour lui, c’est "l’agonie du modèle belge". Certains responsables politiques ne veulent par exemple pas entendre parler d’exclusives. "C’est un discours qui est complètement contradictoire, c’est-à-dire que dès le moment où vous avez des partis qui vont aux élections avec des programmes politiques, et qui prennent des engagements auprès des électeurs, et qui se rendent compte que ces engagements ne pourront jamais être tenus avec un partenaire X, c’est assez normal de mettre une exclusive, rappelle le constitutionnaliste. C’est clair qu’aujourd’hui, avec une société flamande qui est à la droite et parfois à l’extrême-droite, et une société francophone qui est à gauche et parfois à l’extrême-gauche, on ne voit pas très bien comment gérer l’intersection."


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Autre problème, selon Marc Uyttendaele, l’arrivée au parlement de partis "qui n’ont pas vocation au pouvoir" (le VB, le PTB), et qui risquent de "geler" les hémicycles. "Ça force presque tous les autres à se mettre ensemble pour faire une politique qui deviendra une sorte de magma informe parce qu’ils ne pourront pas s’entendre sur la mise en œuvre réelle des engagements promis aux électeurs, note l’avocat. Je crois qu’aujourd’hui il convient de réfléchir très profondément au modèle proportionnel, qui se concilie très difficilement avec une société divisée en deux comme l’est la Belgique." Quitte à penser au confédéralisme ? Sur le sujet, Marc Uyttendaele est "presque d’accord avec Bart De Wever", s’amuse-t-il. "La seule certitude que j’ai aujourd’hui, c’est qu’il n’y a pas de solution." Même avec une coalition dans laquelle les partis flamands sont minoritaires ? "Politiquement, ça me paraît hautement improbable, parce qu’inévitablement, les partis qui prendraient cette position-là se mettraient en porte à faux dans les négociations qu’ils doivent mener pour faire partie du gouvernement flamand, affirme le constitutionnaliste. Il est clair que ça fera donc partie de la mariée pour gouverner en Flandre."

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