Malte, l'archipel anti-IVG

Malte, l'archipel anti-IVG
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Depuis le premier janvier, Malte assure la présidence tournante du Conseil de l'Union européenne. Au sein des 28, ce petit archipel situé au coeur de la Méditerranée est le seul État à criminaliser totalement l'avortement. Malte est le plus petit pays de l'Union européenne et c'est aussi l'une des terres où la foi catholique reste la plus vive. Les femmes mettant un terme à leur grossesse encourent jusqu'à trois années de prison, même si elles ont été violées ou que leur vie est en danger.

Chaque année, elles sont pourtant plusieurs centaines a prendre ce risque, et s'envolent vers des cliniques britanniques ou voyagent par ferry vers la Sicile voisine. Certaines avortent seules sur l'île et prennent alors d'importants risques sanitaires. C'est le cas de cette jeune femme, qui témoigne anonymement. Elle est tombée enceinte après avoir été battue puis violée par son ancien compagnon. Il s'agit d'un témoignage extrêmement rare. Si on la reconnaît, elle risque de tout perdre: "l'ancienne génération est toujours plutôt fermée d'esprit à ce sujet... Ici, ils préfèrent que tu souffres et que tu donnes naissance à un bébé même s'il n'est pas désiré, plutôt que voir une femme avorter. Il y a trop de tabous dans ce pays".

"Les femmes doivent aller au bout de leur grossesse, même en sachant qu'elles vont donner naissance à un fœtus non viable. C'est traumatisant; les patientes sont dévastées", ajoute ce médecin, qui témoigne aussi anonymement. Si on le reconnaît, ce praticien encourt jusqu'à quatre années de prison et l'interdiction d'exercer sa profession. "Elles craignent aussi la stigmatisation sur une île où tout se sait. Et du coup, les femmes qui veulent avorter prétextent souvent un voyage à l'étranger", explique encore ce médecin qui constate régulièrement, dans la foulée, de sérieuses complications.

Dans un pays où la contraception est encore peu utilisée, "la vie est quelque chose de sacré, donné par Dieu, et les gens se basent souvent sur des dogmes religieux". L'influence de l'Eglise catholique et des groupes de pression "pro-life" restreignent l'enseignement des méthodes contraceptives à l'école. Tout ça fait de Malte l'un des pays d'Europe qui abrite le plus grand nombre de mères adolescentes. 

L'insularité crée aussi une culture de la peur et du silence bien plus que de la protestation. "L'exercice actif de la citoyenneté n'est pas dans la culture de Malte", estime Andréa Dibben, chercheuse en politique sociale, et spécialiste du droit des femmes.

Mais certains groupes commencent à se créer. Et la parole se libère doucement, sur internet notamment. Les langues se délient sur Facebook.  À l'été 2016, une pétition a circulé pour demander la légalisation de la pilule du lendemain. Le parlement a finalement plié, et depuis décembre 2016, les pharmaciens doivent théoriquement la mettre en vente. Dans la pratique, la plupart d'entre eux continuent de boycotter ce contraceptif d'urgence.

Aujourd'hui, avec Haïti, la République Dominicaine, le Salvador et le Honduras, Malte est l'un des derniers pays au monde qui ne tolère aucune dérogation en matière d'avortement...

 

Sophia Marchesin / Laurène Daycard / RTBF

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