Mais pourquoi donc un parti politique change-t-il de nom ?

Philippe Walkowiak
Philippe Walkowiak - © RTBF

Le changement de nom pour un parti politique reste un moment délicat, paradoxal et contradictoire. Comment en effet paraître neuf en reprenant pour l’essentiel les cadres et les discours de ce qui a précédé ? Lorsqu’Emmanuel Macron lance " En Marche ", il crée certes un mouvement nouveau mais avec des cadres issus d’anciens partis. Chez nous, rien de tout cela. Le nom change mais pas la structure qui se trouve derrière. Le SP.A qui repeint sa façade en Vooruit, ne fait pas autre chose même si un changement de nom ne reste pas anodin et répond le plus souvent à une préoccupation de l’instant.

Une vieille histoire…

Des douze partis actuellement représentés à la Chambre, seul ECOLO garde son appellation d’origine mais toutes les formations accusent désormais plusieurs dizaines d’années d’existence et même plus d’un siècle pour les héritiers des Partis Catholiques et Libéraux ou du POB.

La Seconde Guerre Mondiale a fait apparaître la dénomination sociale : au Parti Socialiste Belge et au Parti Social-Chrétien. Le président du POB s’était compromis avec l’occupant, l’aile flamande du Parti Catholique quelque peu également. Il fallait repartir sur de nouvelles bases.

Les libéraux attendront les années 60 pour effectuer leur mue vers PLP/PVV, entérinant l’ouverture au monde chrétien. En même temps, la question communautaire faisait naître Volksunie, FDF ou Rassemblement Wallon, éclater les familles politiques en deux ailes linguistiques distinctes et faire tomber le " B " du PSB/BSP en 1978. L’agitation sociale post 68 engendrait AMADA/TPO et d’une certaine manière ECOLO et AGALEV (une Autre Manière de Vivre !). Tout ce petit monde et leurs avatars sont toujours là.

… qui dure

Changer de nom, c’est d’une part changer d’identité mais pas trop ! Pour un parti politique, il ne s’agit pas de faire fuir ceux qui étaient déjà là mais plutôt d’ "acquérir de nouvelles parts de marché".

Exemple : le PLP qui devient le PRL (W) pour ouvrir le parti libéral aux revendications régionalistes, le PVV qui devient VLD pour assumer à l’époque une volonté de plus grande autonomie flamande. D’ailleurs, on notera qu’en Flandre, tous les partis de droite intègrent désormais le " V " de Vlaams dans leur dénomination. Comme les post-maoïstes francophones du PTB, seuls à se revendiquer "de Belgique", mais pas l’homologue PvdA !

Le PSC devient cdH, espérant sortir du pilier catholique et augmenter son assise. Les derniers chiffres électoraux traduisent une autre réalité (euphémisme).

Les libéraux francophones, empêtrés dans un illisible PRLFDFMCC, ont perdu leur référence libérale pour devenir MR et quand même perdre ensuite le FDF. Le Mouvement Réformateur n’en reste pas moins un parti libéral. Le FDF se transforme en DéFI, espérant sortir de Bruxelles et incarner un libéralisme social.

Dans la même logique, Conner Rousseau se débarrasse de l’étiquette " socialiste " considérée quasiment comme une injure dans certains milieux en Flandre, pour se transformer en Vooruit, qui incarnera malgré tout une certaine idée du socialisme, certes différente de l’approche plus " ouvriériste " du PS wallon.

Finalement, le rebranding politique demeure principalement une opération marketing, une modification d’emballage bien plus qu’un changement stratégique fondamental. Par essence, un parti politique ne peut jamais tout à fait se renier.

@PhWalkowiak

 

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