Lutgen a encore débranché la prise

Philippe Walkowiak
Philippe Walkowiak - © RTBF

Comme le 19 juin 2017, Benoît Lutgen prend tout le monde de court, y compris sans doute à l’intérieur de son propre parti.

Le 19 juin 2017, il annonçait " retirer la prise " des gouvernements à participation cdH. Cela n’a fonctionné qu’en Wallonie. Cette fois, Benoît Lutgen débranche sa propre présidence à moins d’un an de son terme.

L’art de ne pas assumer ses choix jusqu’au bout ?

Le faux-semblant des communales

Benoît Lutgen a coutume de dire qu’il contredit systématiquement les sondages par ses résultats électoraux. Il a raison. Mais son parti ne se porte pas mieux pour autant.

Depuis 1999, le retour dans l’opposition après 40 ans de pouvoir, la famille sociale-chrétienne-démocrate-humaniste persiste à reculer en Wallonie et à Bruxelles, même si depuis 2004, elle a retrouvé des portefeuilles ministériels. Le parti est passé de 17,07% en 1999 à 15,17% en 2014 sur l’ensemble de la Wallonie. Si effectivement, le cdH a maintenu son nombre de bourgmestres et de conseillers communaux en octobre dernier, c’est aussi parce que dans la plupart des localités, il ne se présentait pas en nom propre. A l’inverse, les élections provinciales, sous l’appellation cdH, les résultats sont nettement moins bons : 10,6% à Liège, 10 % en Hainaut, 8,9% en Brabant Wallon. Le cdH n’assure ses positions qu’en zone rurale (Namur 16,8% et Luxembourg 31,6%), qui sont aussi les moins peuplées.

Dans les deux principales provinces wallonnes, le cdH ne représente désormais que la cinquième force politique, derrière le PTB !

Hormis Namur et Mouscron, il réalise de très mauvais scores dans les grandes villes (entre 6 et 9% à Liège, Charleroi, La Louvière et Mons).

A Bruxelles, le parti est menacé de marginalisation et n’est plus très éloigné du seuil électoral de 5%.

Pour pouvoir prétendre participer à une coalition après le 26 mai, il faut disposer d’un certain poids électoral.

Négociations

Le cdH semble avoir lié sa destinée au MR en Wallonie mais la majorité actuelle ne tient qu’à un seul siège et elle paraît sérieusement menacée.

Benoît Lutgen a " désigné " Maxime Prévot pour lui succéder. Ce dernier a l’avantage d’être populaire dans sa circonscription mais aussi a gardé de bons contacts avec Paul Magnette, le futur boss du PS, qui n’a toujours pas digéré la " trahison " de Lutgen. Maxime Prévot n’est pas fermé à une discussion avec la N-VA, même si la récente réaffirmation du confédéralisme par les nationalistes complique la donne.

Enfin, Maxime Prévot va arriver dans un paysage politique francophone remodelé. Le PTB et ECOLO sont annoncés au coude à coude avec les démocrates-humanistes. Surtout, toutes les présidences vont être renouvelées avant la fin de l’année. Les présidences Di Rupo, Maingain, Chastel, Khattabi-Nollet arrivent à échéance avant la fin de cette année.

Un peu comme Patrick Dupriez, Benoît Lutgen a sans doute envie " d’autre chose ".

Le cdH joue son va-tout, risque le changement de présidence juste avant le scrutin. Un nouveau coup de poker comme en juin 2017. Une question de survie, également.

 

@PhWalkowiak

 

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