Loi climat : une certaine idée de la politique est morte

C’est le jour J pour la loi climat. Hier le MR a annoncé qu’il soutiendrait le texte au parlement. La loi climat est devenue un symbole. Un symbole d’ambition climatique. Ne pas la soutenir n’est quasiment plus audible côté francophone. Ce serait au fond comme refuser de s’attaquer au problème du climat. Le MR a compris que ses nuances (pourtant assez compréhensibles puisque le conseil d’Etat lui même a pointé une série de problèmes) ne passaient plus dans l’opinion publique. Alors qu’il tente une campagne centriste, le voilà dans cette position qui lui colle définitivement à la peau celle du vilain petit canard,  isolé côté francophone. L’image du parti est tellement brouillée en matière environnementale, que Charles Michel a donc opéré un repli stratégique sur la loi climat. Un repli qui ne coûte pas cher puisque, sauf surprise, cette loi ne sera pas votée en séance plénière puisque N-Va, Open VLD et CD&V y sont eux toujours opposés.

D'un symbole, l'autre...

Pour une majorité du spectre politique au nord, cette loi climat est une loi de soumission. Une loi qui va tenir les politiques en laisse, qui leur ôte leur capacité de décision. La NVa parle de république des juges. Une loi imposée par la rue, dans la frénésie à quelques mois des élections. Une loi qui ne dit rien de la facture de la transition énergétique. Combien et qui va payer?

Bref, rien de bon pour les partis de droite et de centre droit en Flandre. D’autant plus que, c’est beaucoup moins dit, la Flandre craint pour une partie de son industrie, en particulier les activités pétrochimiques dans la région d’Anvers.

Vers la république des juges? 

Est-ce que cette loi, est une loi de soumission des politiques comme le dit la NV-A ? Oui c’est une loi de méfiance, qui réduit la liberté d’action du politique. Oui c’est une loi qui ne dit rien du coût réel de la transition énergétique. Oui c’est une loi imparfaite, décidée dans la précipitation et dans l’urgence. Oui c'est une loi qui revoit la répartition des compétences dans ce pays. Oui c’est une loi symbole, il y a donc beaucoup de raisons légitimes de s’en méfier et de prendre du temps pour en délibérer sereinement.

Mais, tout ça n’est plus audible.

Car le problème, c’est que la Belgique a gaspillé du temps à n’en plus finir en matière de climat. Et que le temps de la délibération est passé.

Car le problème, c’est que la méfiance s’est installée dans une partie de la population, qui ne croit plus à la sincérité des partis et appelle la constitution à l’aide.

Oui cette loi est un symbole qui ne règle pas le problème du climat. Mais les symboles, pour une communauté politique c’est indispensable.

Roland Barthes disait “Etre d’avant-garde, c’est savoir ce qui est mort ; être d’arrière-garde, c’est l’aimer encore.” Aujourd'hui, être d’avant garde c’est comprendre qu’une certaine conception de la politique est morte, être d’arrière-garde c’est l’aimer encore.


 

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