Leurre de la "loi Climat"

Philippe Walkowiak
Philippe Walkowiak - © RTBF

Jean-Marc « Coué » Nollet veut s’en persuader : il est encore possible de voter la « loi climat » avant la fin de la législature. Cela nécessite pourtant une révision de la Constitution et une loi à majorité spéciale, soit les deux tiers des députés et sénateurs et la moitié dans chaque groupe linguistique. Tout cela à voter avant la dissolution de la Chambre (début avril ?) et alors que de telles majorités sur ce sujet n’existent pas et n’ont d’ailleurs jamais existé !

Climat électoral

La problématique climatique s’est invitée dans la campagne électorale sans crier gare depuis début décembre. Les partis politiques ont dû bousculer leur communication de campagne et les écologistes, déjà boostés par les résultats des communales se sont sentis pousser des ailes. La mobilisation pour le climat est venue de la jeunesse et des académiques ont ensuite pris le relais pour traduire cela en volonté politique et textes législatifs « prêts à voter ». A quelques semaines d’un méga-scrutin, l’occasion était trop belle tant d’un point de vue électoraliste que d’un point de vue pragmatique. Qui sait quand les prochains gouvernements seront en place ? La Belgique peut-elle se permettre de passer à nouveau 541 jours sans agir pour le climat ?

Tous les autres partis francophones ont sauté dans la roue d’Ecolo comme la gauche flamande. Il ne fallait pas laisser aux Verts l’opportunité d’incarner la seule réponse aux attentes d’une partie de la population.

Flandre plus frileuse

En Flandre, seul le SP.A a suivi Groen. C’est qu’ECOLO inquiète bien plus ses rivaux que son homologue du Nord. Le premier parti flamand demeure climatosceptique ; les milieux patronaux craignent l’emballement qui imposerait trop vite et trop fort des contraintes aux entreprises… Surtout celles situées autour du port d’Anvers, l’une des villes les plus touchées par la pollution liée à l’activité économique.

Tant matériellement que politiquement, il est impossible de voter cette « loi climat » qui plus est recadrée vertement par le Conseil d’Etat. Tout le monde sait, Ecolo en tête, que cette loi ne pourra être votée mais chacun s’illusionne encore et surtout tente d’éviter d’en porter la responsabilité politique. Le MR s’est finalement désolidarisé en proposant une autre voie… Toute aussi peu praticable : proposer de signer un accord de coopération sur le climat risque de rester vain puisqu’il n’y a pas de véritables contraintes.

D’ici quelques jours, il faudra bien constater qu’il est impossible de voter cette « loi climat » ; chacun pourra s’en rejeter la responsabilité. Il restera à voir si les partenaires d’une future coalition fédérale reprendront le texte et surtout quand. La Belgique est passée maître dans l’art de postposer ou de complexifier à outrance les grandes problématiques sociétales.

@PhWalkowiak

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK