Les républicains en guerre contre les enfants

Laissez-moi vous poser une question ; prenez votre temps avant d’y répondre. Seriez-vous prêts à ôter la couverture santé des mains de milliers d’enfants qui n’ont pas eu la chance de naître dans une famille à hauts-revenus afin d’être en capacité de donner quelques millions de dollars supplémentaires à un seul riche héritier ?

Vous pensez peut-être que la question est idiote, hypothétique et que sa réponse est évidente. Mais ce n’est pas du tout hypothétique, et la réponse apparemment n’est pas évidente. Car c’est bien une description à la lettre du choix que les républicains au Congrès semblent faire à l’heure où vous lisez ces lignes.

Le programme d’assurance santé des enfants, le CHIP, en gros, est un morceau de Medicaid dédié aux jeunes américains. Il a été présenté en 1997, avec le soutien des deux partis. L’an dernier, il a aidé 8,9 millions d’enfants. Mais son financement est arrivé à expiration il y a plus de deux mois. Les républicains ne cessent de dire qu’ils vont restaurer le financement, mais ils ne cessent de trouver des raisons de ne pas le faire ; les gouvernements des états, qui gèrent le programme, devront bientôt priver les enfants de leur couverture.

Quel est le problème ? L’autre jour, lorsque l’on a interrogé le Sénateur républicain de l’Utah, Orrin Hatch, à propos du programme (qu’il a aidé à créer), il a insisté une fois de plus sur le fait qu’il serait financé – mais sans dire quand ou comment (et apparemment il n’y a aucun mouvement là-dessus). Et il a continué ses déclarations par "La raison pour laquelle le CHIP a des ennuis, c’est parce que nous n’avons plus d’argent". Puis il a voté pour de gigantesques baisses d’impôts.

Et un morceau de cette gigantesque baisse d’impôts est un énorme cadeau fait aux héritiers de grandes fortunes. Sous la loi actuelle, un couple marié ne paie rien sur son patrimoine à moins qu’il ne dépasse la somme de 11 millions de dollars, ce qui signifie que seule une poignée de patrimoines sont taxés – environ 5 500 ou moins de 0,2 pourcent du nombre de décès par an.

Le nombre de patrimoines taxable est d’ailleurs bien en-deçà d’un millième du nombre d’enfants couverts par le CHIP.

Mais les républicains considèrent encore que cet impôt est un fardeau inacceptable pour les riches. Le projet de loi du Sénat doublerait l’exemption jusqu’à 22 millions de dollars ; le projet de loi de la Chambre éliminerait les droits de succession entièrement.

Maintenant, parlons dollars. Le CHIP couvre beaucoup d‘enfants, mais les soins pour les enfants sont relativement peu chers comparés aux soins pour les américains plus âgés. Pour l’année fiscale 2016, le programme a coûté seulement 15 milliards de dollars, une toute petite partie du budget fédéral. Pendant ce temps, sous la loi actuelle, les droits de succession sont censés rapporter 20 milliards de dollars, plus que suffisants pour financer le CHIP.

Comme vous pouvez le constater, ma question n’était pas du tout hypothétique. Avec ce qu’ils sont en train de faire, les républicains montrent qu’ils pensent que c’est plus important de donner des millions supplémentaires à quelqu’un qui est déjà un riche héritier plutôt que de proposer une couverture santé à des milliers d’enfants.

Est-il vraiment possible de défendre ce choix ? Les républicains aiment à dire que les baisses d’impôts s’autofinancent en donnant un coup de fouet à la croissance économique, mais aucun économiste sérieux n’est d’accord – et c’est le cas même pour des choses qui pourraient avoir des effets économiques positifs, comme les baisses d’impôts pour les grandes entreprises. Appliquée aux droits de successions, cette affirmation est plus qu’absurde : il n’y a pas d’argument plausible qui vienne étayer les affirmations des riches héritiers selon lesquelles le fait qu’ils ne paient pas d’impôts donne un coup de fouet à l’économie.

Qu’en est-il de l’argument selon lesquels les droits de succession sont un fardeau pour les petites entreprises et les exploitations agricoles familiales ?

Voilà un mythe totalement démonté : chaque année, il n’y a que 80 – un huit et un zéro – petites entreprises et exploitations agricoles qui paient des droits de succession. Et lorsque l’on entend parler d’exploitations familiales démantelées pour pouvoir payer les droits de succession, souvenez-vous que personne n’a jamais trouvé un exemple récent.

Puis il y a l’argument du Sénateur républicain de l’Iowa, Chuck Grassley, selon lequel nous devons éliminer les droits de succession pour récompenser ceux qui ne dépensent pas leur argent en "alcool ou en femmes ou en films". Oui, en effet, laisser les Donald Trump Junior et consorts hériter sans payer d’impôts est bel et bien une récompense pour les styles de vie austères de leurs pères.

Pendant ce temps, un truc drôle : alors qu’il n’y a aucune preuve que les baisses d’impôts s’autofinancent, toutes les preuves sont là pour montrer qu’aider les enfants aux revenus les plus faibles fait gagner de l’argent sur le long terme.

Réfléchissons-y. Les enfants qui sont soignés correctement sont plus susceptibles d’être en meilleure santé et plus productifs lorsqu’ils deviennent adultes, ce qui signifie qu’ils gagneront plus et paieront davantage d’impôts. Ils sont également moins susceptibles de développer des handicaps et d’avoir besoin du soutien de l’état. Une étude récente estimait que le gouvernement, en fait, gagne un retour sur investissement situé entre 2 et 7 pourcent sur l’argent qu’il dépense pour assurer les enfants.

D’ailleurs, des résultats quasi similaires se retrouvent pour ce qui est des programmes des coupons alimentaires : faire en sorte que les jeunes gens soient nourris correctement en fait des adultes plus productifs et en meilleure santé ce qui fait que sur le long cours, cette aide ne coûte rien ou presque aux contribuables.

Mais de tels résultats, même s’ils sont intéressants et importants ne sont pas la raison principale pour laquelle nous devrions fournir aux enfants une couverture santé et de quoi manger. De la décence toute simple devrait être une raison suffisante. Et en dépit de tout ce que nous avons vu en politique américaine, il reste difficile de croire que tout un parti politique déciderait de rechigner pour quelque chose de décent pour des millions d’enfants tout en se précipitant pour enrichir davantage quelques milliers d’héritiers fortunés.

Pourtant, c’est exactement ce qui est en train de se passer. Et en soi, c’est aussi terrible que le fait que ce même parti soutienne quelqu’un accusé d’attouchements sur des enfants, parce qu’ils attendent de lui qu’il vote pour des baisses d’impôts.

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