Les jolies étrennes de De Wever à Di Rupo

Philippe Walkowiak
Philippe Walkowiak - © RTBF

C’est reparti comme en 14 ! …

…comme lors de campagne électorale de 2014 s’entend, quand PS et N-VA jouaient par-delà la frontière linguistique aux meilleurs ennemis, sachant pertinemment que sur le champ électoral, nulle part les deux formations ne s’affrontaient directement. Chacun leader dans sa communauté.

Solitude

Pour Bart De Wever, c’est désormais seul contre tous et tout ou rien.

La N-VA s’est placée en ordre de bataille et comme souvent, c’est elle qui donne le rythme. Ce fut le cas pratiquement lors de chaque rentrée politique ou de chaque campagne électorale. Bart De Wever a le sens de la manœuvre, l’art de se mettre au centre du débat. Mais il est seul. Il doit se rendre incontournable, comme en 2014. La N-VA craint plus que tout de se retrouver cinq ans dans l’opposition, elle qui dispose de ministres depuis quinze ans ![1]

Les nationalistes abattent d’emblée leurs atouts. Bart De Wever renonce au mayorat d’Anvers et entend s’installer à la tête du gouvernement flamand. Le Premier ministre de l’ombre entend devenir le Premier flamand. La N-VA joue son va-tout : De Wever à la tête de la Flandre pour peser sur le fédéral et y imposer le cas échéant un agenda confédéraliste. Vu les rapports de force, les nationalistes doivent verrouiller leur position de leader en Flandre. Avec un Vlaams Belang en regain de forme, pour contourner la N-VA, il faudrait former une quadripartite (CD&V, Open-VLD, Groen, sp.a) ce qui demeure très hypothétique. Il restera à la N-VA à se trouver un allié…

Reconquista

Lors de son discours de Nouvel An, Bart De Wever a surpris. Il a remis le communautaire à l’agenda, renonçant ipso facto à la surenchère avec le Vlaams Belang sur les questions migratoires.

Il ressort par la même occasion l’argumentaire de campagne de 2014, 2010, 2007 : faire barrage au PS, nocif pour la Flandre s’il gouverne au fédéral. En désignant les socialistes wallons (il ne dit pas "francophones") comme son adversaire unique, il conforte également Elio Di Rupo dans sa posture de "barrage à la N-VA" et valide indirectement le discours socialiste au sud du pays.

Face à la Reconquista socialiste, il annonce la Reconquista nationaliste, jusqu'au confédéralisme.

Un élément neuf toutefois dans le discours de campagne de la N-VA : la prise de distance avec le MR de Charles Michel. A ceux qui rêvaient de la reconduction de la coalition sortante pour un Michel 2, Bart De Wever oppose la candidature de Jambon au 16 et le confédéralisme dont le MR ne veut pas débattre. Nouveau présent au PS.

Car finalement, c’est peut-être cela le pari de Bart De Wever : être de loin le plus fort en Flandre, former rapidement l’exécutif flamand, constater le retour du PS et engager avec lui la grande négociation confédérale après que chacun ait établi l’impossibilité de former une coalition au fédéral. A ce stade, même plus besoin de s’embarrasser de révision de la Constitution. Et Bart De Wever de rêver d’un scénario à la catalane… réussi en Flandre.

@PhWalkowiak

 

[1] Dans le gouvernement flamand depuis 2004 et au fédéral depuis 2014.

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