Les illusions du 1er mai

Philippe Walkowiak
Philippe Walkowiak - © RTBF

Nouveau 1er mai à distance et cette année le PS a finalement rejoint les libéraux dans un exécutif fédéral qui fait bien plus que ses sept mois d’existence ! La crise sanitaire occupe toujours les esprits, obnubile l’agenda politique jusqu’à cette nouvelle divergence entre socialistes et libéraux sur la hausse salariale, rappelant à ceux qui l’avaient oublié que la coalition fédérale est aussi hétéroclite que contre-nature idéologiquement.

PS au plus bas

Après six longues années d’opposition, le PS retrouve le fédéral mais en compagnie de ces libéraux tant honnis sous Charles Michel. Le MR est bien plus à l’aise : cela fera bientôt 22 ans sans discontinuer que le parti est à la manœuvre au fédéral et mine de rien, sur ce laps de temps, un libéral aura occupé le poste de Premier Ministre pendant 16 ans ! Inédit en Belgique depuis 150 ans.

Le PS belge fait pourtant figure d’exception en Europe : premier parti en Wallonie et à Bruxelles. Mais ce particularisme s’érode. Ainsi, pour la première fois, en Wallonie comme à Bruxelles, aux élections de 2019, la gauche non-socialiste (ECOLO et PTB, en l’occurrence) dépassait le PS !

Ce dernier paraît désormais pris en tenaille entre les deux et les derniers sondages indiquent un Parti Socialiste encore plus bas que son minimum historique de 2019.

Ce ne sera jamais 0,4% et rien d’autre !

Pourtant, depuis un an, le monde politique a changé. La crise sanitaire a remis en avant le rôle prépondérant de l’Etat dans l’économie, l’importance d’une Sécurité Sociale forte, de services publics efficients et réhabilité la portée des investissements publics. L’ADN de la social-démocratie.

Toutefois, le PS peine à persuader. Aiguillonnés par le PTB et les syndicats, les deux partis socialistes tiennent à faire de la hausse salariale de l’Accord Interprofessionnel un symbole du changement de paradigme. Cette hausse reste pour l’instant cantonnée à 0,4% pour tous les travailleurs du secteur privé. "Ce ne sera jamais 0,4% et rien d’autre !", proclame Paul Magnette.

Pourtant, comment en serait-il autrement ? Patrons et syndicats ont acté définitivement (?) leur désaccord. Les partis socialistes menacent de bloquer les dividendes aux actionnaires et les salaires des patrons. La loi le permet. Mais pour cela il faudrait que l’ensemble du gouvernement y souscrive, comme le demande également la loi. Et l’accord de gouvernement, signé par ces mêmes partis, entérine que l’on ne touche pas à cette loi.

Le bras-de-fer social risque bien de se transformer en affrontement politique. Au sein même de la coalition fédérale.

La crise sanitaire a occulté les divergences profondes entre les partenaires, entre nord et sud du pays. Le déconfinement sanitaire qui s’annonce pourrait aussi déconfiner les tensions politiques.

 

@PhWalkowiak

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