Les "fit mom": le hashtag du diktat de la minceur

Les "fit mom": le hashtag du diktat de la minceur
Les "fit mom": le hashtag du diktat de la minceur - © Tous droits réservés

Le phénomène des "fit moms" refait surface sur les réseaux sociaux. Sous ce hashtag qui sévit sur Instagram notamment, des photos montrent des corps menus, mais de femmes enceintes. Cette tendance en dit long sur nos sociétés et le contrôle qu’elles exercent encore sur le corps des femmes. Enceinte ou pas, l’injonction est à la minceur. Les femmes n’ont pas le droit "de se relâcher". Sur Instagram, on trouve des photos de femmes enceintes qui n’ont pas envie de vomir, qui n’ont pas de fringale, qui ne sont pas fatiguées. Leur corps est tonique, svelte, musclé.

Ces femmes enceintes toujours souriantes donnent une image idéalisée de la grossesse, et disent que c’est simple de rester mince, sans tenir compte du capital génétique par exemple. Une étude australienne a révélé que 41% des femmes enceintes, qui n'avaient pourtant pas de troubles du comportement alimentaires, déploraient le fait de ne pas avoir "réussi à contrôler leur poids pendant leur grossesse". Donc ces "fit mom", jettent à la figure d’autres femmes, parfois soutenues par des masculinistes, que si elles n’y arrivent pas, c’est que ce sont des feignasses affamées. Ces "fit mom", souvent des professionnelles du sport qui s’ affichent avec leurs petits ventres tendus à 20 semaines de grossesse, sont suivies par plus d’un million d’abonné.e.s. Si les obstétriciens disent que faire du sport n’est en général pas dangereux pendant la grossesse, une prise de poids trop limitée peut être néfaste pour le développement du fœtus.

La minceur est portée aux nues

L’idéal des corps féminins évolue avec les époques. Rappelons-nous à cet égard, les beautés rondes peintes par Rubens. Mais ce qui ne change pas, c’est que cet idéal est défini par les hommes. Aujourd’hui, ils préféreraient des femmes minces. C’est du moins ce que révèle les résultats d’une étude menée à l’université d’Aberdeen. Des chercheurs ont proposé aux participants de 10 pays d’établir un classement de 21 femmes aux silhouettes différentes, de la plus à la moins attirante. Les femmes minces ont été préférées car associées à la jeunesse et à la bonne santé. Elles seraient perçues comme plus fertiles. La graisse représente donc la paresse ou la négligence quand la minceur représente la discipline, la volonté, le contrôle et la restriction.

La minceur est devenue une obsession collective

Sur cette obsession collective de la minceur, Mona Chollet dans son livre "Beauté Fatale" pointe un article du magazine ELLE de 2006 qui donnait des conseils pour "mincir sans y penser". Des conseils qui obligent justement les femmes à s’autocontrôler en permanence : "se dresser sur la pointe des pieds en se brossant les dents", "contracter les abdominaux au volant", "serrer le ventre et les fesses dès qu’on y pense", etc. Et puis, les femmes, en plus du poids doivent surveiller leur maquillage, le moindre cheveu blanc, appliquer une crème pour la peau avant de se coucher, etc. L’idéal de la minceur enseigne donc bien aux femmes le contrôle d’elles-mêmes et l’autodiscipline.

Les femmes intériorisent ces normes, sans forcément toujours se rendre compte de leur caractère dévastateur, en termes d’estime de soi notamment. Derrière les modèles de minceur par exemple, c’est une négation pure et simple du corps féminin, ajoute encore Chollet. Toute forme de rondeur est vue comme quelque chose à éliminer. Cette assignation des femmes à des soucis esthétiques est aussi une manière de les exclure des domaines de prise de décisions, de la politique. Le corps est un lieu où la domination peut s’exercer. Mona Chollet dit que c’est une manière de maintenir à leur place les femmes. D'ailleurs, les femmes en politique subissent plus de commentaires sur leur apparence physique. Les journalistes ont ainsi plus tendance à s’intéresser à leur âge, leurs habits ou plus étonnant à leurs poids.

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