Les esclaves roumaines des serres siciliennes (reportage)

Au moins 5000 Roumaines travailleraient dans les serres de Sicile
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Au moins 5000 Roumaines travailleraient dans les serres de Sicile - © Tous droits réservés

Dans les campagnes autour de Vittoria, dans le sud de la Sicile, les serres s’étendent à perte de vue. Ici, un système d’exploitation intensive a vu le jour dans les années ‘70. Il permet à des milliers de petits patrons agricoles d’exporter leurs fruits et légumes dans toute l’Europe, tout au long de l’année. Le secret de leur réussite: une main d'œuvre très bon marché. “Jusqu’à la fin des années ‘90, ils ont utilisé de la main d'œuvre tunisienne” explique Giuseppe Scifo, syndicaliste de la CGIL local, “mais depuis une dizaine d’années, ils préfèrent utiliser des ouvriers des pays de l’Est, surtout des Roumains.”

L’abus sexuel et l’omerta

"Sur la totalité des Roumains qui travaillent ici, soixante pour cent sont des femmes", explique Ausilia Cosentini de l’association Proxima. "Au moins 5000 femmes, toutes originaires de Botosani en Moldavie travaillent ici, et même si les plaintes officielles sont peu nombreuses, les cas de violence sexuelle sont fréquents. Elles gagnent entre dix et quinze euros par jour et  sont logées par le patron. Il arrive que ce dernier considère que si ces femmes travaillent pour lui dans les serres en journée, et la nuit, il a  aussi le droit de demander des 'services', disons, particuliers... ". 

Nicoletta est l’une des femmes recueillies dans le centre d’accueil de l’association Proxima. " Si ils te veulent dans leur lit et que tu ne veux pas y aller, ils te menacent de mort. Parfois ils arrivent avec un pistolet pour te jeter hors de leur propriété si tu refuses leurs avances. Un dimanche matin, mon mari était sorti pour jeter les poubelles, le patron de la serre est arrivé chez nous, il a commencé à se déshabiller et il s'est glissé dans mon lit. Moi j'ai commencé à crier mais il m'a dit qu'il me tuerait si je continuais et que mon mari entendait ... alors j'ai commencé a lutter et il a décidé de se rhabiller et de partir...", raconte la jeune femme qui a subi les violences sexuelles de son patron sicilien. Pourtant, peu de femmes dénoncent ce qu’il se passe dans les serres. Elles ont tout quitté pour venir travailler en Italie et ne veulent pas rentrer les mains vides.

Des logements insalubres

Les travailleurs roumains sont payés entre 20 et 30 euros par jour, souvent sans contrat, pour œuvrer des jours entiers dans des conditions terribles; il fait plus de cinquante degrés dans les serres. Les patrons italiens leur proposent un logement dans les exploitations, des baraques insalubres où vivent des familles entières avec des enfants qui souvent n’ont pas la possibilité d’aller à l’école. Les conditions de travail des ouvriers agricoles immigrés ont été plusieurs fois dénoncées dans le sud de l’Italie.

Ecoutez ici le reportage radio de Transversales : 

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