Les critiques d'Hugues Dayez: "Three billboards", le premier grand film de 2018

Comme chaque semaine, découvrez les critiques ciné de Hugues Dayez. Au programme ce mercredi: "Three billboards", "La Belle et la meute" et "Laissez bronzer les cadavres".

"Three billboards" 

Quatre Golden Globes, et non des moindres, ont couronné "Three billboards" ce dimanche à Hollywood : meilleur film dans la catégorie dramatique, meilleur scénario, meilleur second rôle masculin (Sam Rockwell), meilleure actrice (Frances McDormand)… Une belle moisson pour une œuvre exceptionnelle.

Le titre complet du film est "Three billboards outside Ebbing, Missouri". Or donc, à l’entrée de la petite ville d’Ebbing, Mildred, mère divorcée très en colère, découvre trois grands panneaux publicitaires à l’abandon. Elle décide de les louer pour un usage très personnel : écrire dessus un message agressif envers le shérif local, qui selon elle mène mal l’enquête sur le meurtre de sa fille, survenue sept mois plus tôt. Ce message provocateur divise alors la population d’Ebbing : si une partie d’entre elle comprend Mildred, l’autre soutien le shérif, d’autant plus que celui-ci se débat contre un cancer…

A travers ce faux polar, le scénariste et réalisateur anglais Martin McDonagh ("In Bruges") dresse le portrait d’un patelin de l’Amérique profonde dans toutes ses facettes, en ce compris les moins reluisantes. Son écriture, qui évite tout manichéisme, est brillante : tous les personnages, même les plus secondaires, sont passionnants, et les dialogues sont empreints d’un humour noir d’une férocité réjouissante. Un tel matériel est du caviar pour les acteurs : Frances McDormand (Oscar pour "Fargo" des frères Coen) est impériale dans ce rôle de femme à poigne, Woody Harrelson dans celui du shérif est impeccable, et Sam Rockwell, dans celui de son adjoint raciste, trouve là le rôle de sa vie.

"Three billboards" est d’une telle richesse qu’on en parlerait pendant des heures… Mais n’en faisons rien, car ce serait gâcher le plaisir de la découverte d’un scénario qui regorge de trouvailles… Quel régal !

"La Belle et la meute"

Le générique du début est clair : "Basé sur le récit 'Coupable d’avoir été violée' de Meriem Ben Mohamed." Le film démarre dans une soirée organisée par Mariam dans une salle des fêtes d’un hôtel de Tunis. La jeune fille ajuste sa robe dans les toilettes et s’élance, joyeuse, dans la foule des invités, où elle repère un jeune garçon discret, Youssef… Fin de l’acte 1. Début de l’acte 2 : Mariam, en pleurs, court dans la rue, en pleurs. Youssef l’accompagne dans une clinique privée pour qu’elle y obtienne une attestation qui prouve qu’elle a été violée. Refus : elle doit d’abord faire une déclaration à la police. Le hic, c’est que Mariam a été violée… par des policiers.

En neuf chapitres, tournés en plans/séquences, Kaouter Ben Hania dépeint le calvaire nocturne de Mariam, qui ne sait pas à quelle porte frapper pour être entendue et secourue. Ce choix rigoureux de mise en scène est efficace : en décrivant le parcours du combattant de son héroïne, la réalisatrice parvient à dénoncer les hypocrisies du régime tunisien et ses intolérances. Dommage que l’actrice principale, Mariam Al Ferjani, ne soit pas toujours totalement convaincante dans ce rôle difficile.

"Laissez bronzer les cadavres"

En deux longs-métrages, "Amer" et "L’étrange couleur des larmes de ton corps", Hélène Cattet et Bruno Forzani ont imposé un style: hommage au film de genre italien, le giallo, mélange d’érotisme et de polar, couleurs volontiers criardes et montage inventif… Le troisième film de ce tandem français installé en Belgique, intitulé "Laissez bronzer les cadavres" et inspiré d’un roman de feu Jean-Patrick Manchette, est dans la même veine.

Il est question d’un hold-up qui tourne mal et d’un règlement de comptes dans une planque perdue au bord de la Méditerranée… Mais comme de coutume, on a l’impression que l’intrigue n’est qu’un prétexte à des nouvelles recherches esthétiques. Ce cinéma, proche de l’abstraction visuelle, ravira le fan-club des cinéastes. Par contre, ceux (dont votre serviteur) qui aiment un cinéma fait de scénarios solides et de personnages consistants auront compris que ce genre de long-métrage formaliste – voire maniéré ? – n’est pas indispensable.

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