"The Mercy", le désarroi de Colin Firth

Il avait remporté l’Oscar en 2011 avec le rôle de George VI dans "Le discours d’un roi" ; aujourd’hui Colin Firth incarne un autre personnage authentique dans "The Mercy" réalisé par James Marsh (auteur du biopic sur Stephen Hawking, "The theory of everything")

En 1968, Donald Crowhurst, industriel britannique et marin du dimanche, découvre dans les pages du Sunday Times l’organisation d’une grande Course autour du monde à la voile en solitaire. Donald veut relever ce défi, et compenser son manque d’expérience comme navigateur en équipant son bateau d’inventions technologiques de son cru. A la grande stupéfaction de sa femme Clare (Rachel Weisz), Donald se lance dans ce projet fou, trouve des investisseurs pour bâtir son trimaran, et va finir par hypothéquer sa maison pour se donner les moyens de se lancer dans l’aventure… Mais à la veille de son départ pour ce périple de neuf mois, l’homme angoisse car il sait, en son for intérieur, qu’il n’est pas prêt… Mais il ne peut plus reculer. Et le voilà bientôt au milieu de l’océan, seul, sans expérience, et bientôt sans ressources.

Le destin tragique de Donald Crowhurst est resté tristement célèbre et a déjà abordé au cinéma (dans un documentaire, "Deep Water", en 2006, et dans un drame signé Christian de Chalonge, "Les quarantièmes rugissants" en 1982, avec Jacques Perrin). Pour cette nouvelle version, James Marsh a de vrais atouts – un casting solide et une reconstitution des sixties séduisante – mais il semble avoir eu peur de son sujet: pour que le film fonctionne vraiment, il aurait fallu rester en mer avec le personnage de Crowhurst, enfermé dans son bateau/sa prison à ciel ouvert; or Marsh brise la tension dramatique en alternant scènes maritimes et scènes inutiles sur la terre ferme où l’on voit sa famille qui l’attend et qui s’inquiète. Dans le même genre, le film "All is lost" avec Robert Redford était infiniment plus fort.

Une part d'ombre

David (Fabrizio Rongione), jeune enseignant marié et père de famille, revient d’un séjour dans les Vosges avec sa bande de copains. A son retour, il a la mauvaise surprise de découvrir qu’il est le principal suspect dans une affaire criminelle: à deux pas du chalet qu’il occupait pendant ses vacances, une bijoutière a été assassinée, or David effectuait son jogging dans la forêt voisine… Très vite, ses amis se déchirent: les uns prennent son parti, les autres se détournent de lui, doutant de son innocence, car la police a fait des découvertes peu reluisantes sur son passé.

La question "Coupable ? Non coupable" est un thème récurrent dans les films policiers – Un des chefs-d’œuvre du genre reste "L’ombre d’un doute" de Hitchcock – et le réalisateur belge Samuel Tilman a décidé de le revisiter dans "Une part d’ombre". Le principal atout du film, c’est Fabrizio Rongione: l’acteur révélé au cinéma par les frères Dardenne apporte l’ambiguïté nécessaire à son personnage pour qu’on s’y intéresse. Le reste du casting est hélas moins convaincant: Natacha Régnier, dans le rôle de son épouse, est inexistante, et Baptiste Lalieu – alias le chanteur Saule – joue avec une agaçante nonchalance le rôle de son meilleur copain.

Mais le vrai talon d’Achille du film, c’est que Tilman essaye de faire exister tous les protagonistes de son récit au détriment de l’efficacité de son intrigue, qui avance un peu maladroitement. A côté de séries policières anglaises comme "The Missing" ou "Line of duty", le scénario de "Une part d’ombre" fait hélas un peu pâle figure.

Madame Mills, une voisine si parfaite

Un vieil escroc, Léonard, se déguise en lady, Scarlett Mills, et s’installe dans l’appartement contigu de celui d’Hélène, éditrice de romans à l’eau de rose. Par ce subterfuge, il espère gagner la confiance de sa voisine pour lui subtiliser – une sculpture de valeur qu’elle possède et qu’elle refuse de vendre… Mais Léonard va être pris à son propre piège : son personnage de Scarlett Mills va devenir l’égérie de la maison d’édition d’Hélène, et une véritable star médiatique. Comment, dans ces conditions, redevenir lui-même?

"Madame Mills" est écrit et réalisé par Sophie Marceau. Elle n’en est pas à son premier méfait derrière la caméra: en 2007, elle signait "La disparue de Deauville", longue pub à peine déguisée pour l’hôtel Normandy. De quoi fait-elle aujourd’hui la pub dans cette mauvaise copie de "Mrs Doubtfire"? D’elle-même. Elle se filme en gros plan, histoire de nous dire " regardez comme j’ai su rester belle à cinquante ans ", et se balade à Shanghai – coquetterie de scénario parfaitement inutile, si ce n’est que la marque "Sophie Marceau" est très bankable en Chine. Sophie Marceau se vend tellement bien qu’elle oublie le principal : elle joue affreusement mal dans "Mme Mills". Quant au cabotinage de Pierre Richard, il touche au pathétique… Une mise en scène inexistante, un scénario débile, un duo de "stars" qui touche le fond: décidément, cette "Mme Mills" a tout pour plaire.

Oh Lucy!

Setsuko, vieille fille, mène une existence grise comme fonctionnaire à Tokyo, jusqu’au jour où sa malicieuse nièce Mika la pousse à suivre des cours d’anglais. D’abord réticence, elle découvre la méthode originale de John (Josh Hartnett), qui enseigne avec des jeux de rôles… Setsuko se coiffe d’une perruque blonde et crée, pour les besoins du cours, le personnage de Lucy. Alors qu’elle prend goût à cet enseignement, l’aventure se termine abruptement : John est reparti aux USA… avec Mika. Sur un coup de tête, Setsuko prend congé et s’envole vers Los Angeles à la recherche de son cher professeur…

Curiosité américano-japonaise – la réalisatrice, Atsuko Hirayanagi, est asiatique, tandis que Will Ferrell est producteur exécutif -, "Oh Lucy" démarre de façon insolite, mais ne développe pas suffisamment le choc des cultures que permettait le voyage de son personnage principal. Le vieux principe du décalage, source potentielle de scènes savoureuses (souvenons-nous de "Lost in translation" avec Bill Murray), n’est exploité ici qu’en sourdine, la réalisatrice préférant développer le portrait sentimental, assez convenu, de son héroïne. Dommage.     

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