Les critiques ciné d'Hugues Dayez: "Pupille", la chronique sensible d'une adoption

Il y a quatre ans, Jeanne Herry (fille de Miou-Miou et de Julien Clerc) faisait des beaux débuts de réalisatrice avec l’excellent polar "Elle l’adore". Aujourd’hui, elle change de genre et revient avec "Pupille".

"Pupille" suit les trois premiers mois de la vie d’un bébé en Bretagne. Le petit Théo est abandonné le jour de sa naissance par sa jeune maman. C’est un accouchement sous X. A partir de ce moment, les services de l’aide sociale à l’enfance et le service adoption entrent en jeu. Les premiers pour accompagner les premiers jours du nourrisson, le second pour lui trouver un foyer…

De manière très réaliste et documentée, Jeanne Herry filme les réunions des assistants sociaux, les discussions autour des dossiers d’adoption. A partir d’un matériau a priori très administratif et peu cinégénique, elle parvient à insuffler de la vie en créant des personnages attachants. Il y a Jean (Gilles Lellouche), assistant social qui va prendre en charge Théo chez lui, il y a sa consoeur Karine (Sandrine Kiberlain), il y Alice (Elodie Bouchez), candidate à l’adoption qui espère depuis huit ans une réponse positive… Tous ces protagonistes, Herry les filme avec leurs hauts et leurs bas, leurs espoirs et leurs doutes. C’est pour cela que "Pupille" réussit un équilibre entre documentaire et fiction, et se révèle à la fois instructif et émouvant.

Pour vivre heureux

De nos jours, à Bruxelles. Amel, adolescente d’origine maghrébine, aime en secret Mashir, un jeune Pakistanais. La famille de Mashir veut le marier à une cousine Noor. Cette dernière est la copine de classe d’Amel, mais elle ignore qu’elle devient sa rivale…

Ce triangle amoureux n’est pas un scénario de vaudeville ; c’est un drame filmé avec beaucoup de justesse par Dimitri Linder et Salima Sarah Glamine. Le duo de réalisateurs aborde plusieurs thèmes complexes – les mariages forcés, la difficulté du dialogue entre les communautés dans une ville multiculturelle, le fossé des générations, la dictature des réseaux sociaux – et les traite de manière sensible et percutante grâce à des jeunes acteurs très bien dirigés.

Astérix et le secret de la potion magique

En 2014, Louis Clichy et Alexandre Astier réalisaient le premier "Astérix" en images de synthèse d’après un des meilleurs albums de la série, "Le domaine des Dieux". C’était une réussite, car le graphisme "disneyien" d’Uderzo se prête bien à l’animation en relief par ordinateur. Fort de ce succès, le tandem remet le couvert et cette fois, Astier s’aventure dans un scénario original. Son idée de base est excellente: le druide Panoramix, victime d’une entorse, fatigué, décide de se chercher un successeur et va parcourir la Gaule pour auditionner les jeunes druides dignes de se voir confier le secret de la potion magique…

C’est une idée digne de celles de Goscinny (Dans "Le combat des chefs", le génial scénariste avait d’ailleurs fait temporairement perdre la raison à Panoramix, plongeant le village gaulois dans le désarroi). Mais Astier n’a pas la rigueur de Goscinny - qui construisait ses intrigues comme des mécaniques d’horlogerie - et peine à tenir la distance… Résultat: le film démarre en trombe, mais s’essouffle rapidement, et beaucoup de gags tombent à plat. C’est dommage, car la qualité de l’animation et la fidélité à l’univers graphique d’Uderzo sont bien au rendez-vous.

Mortal engines

Après l’heroïc fantasy, Peter Jackson s’attaque à la science-fiction. Dans un futur apocalyptique (c’est presque devenu un pléonasme dans les œuvres de SF), les villes sont devenues des forteresses ambulantes, et les plus puissantes essayent d’englober les petites cités pour en siphonner les ressources. Là encore, le point de départ est formidable, et procure une ouverture spectaculaire et originale.

Le reste du film est hélas plus convenu, une lutte s’engage entre un tyran hypocrite et une jeune rebelle qui va se chercher des alliés. Le film charrie une esthétique qui semble emprunter à la fois à "Mad max", à Terry Gilliam, et même aux "Cités obscures" de Schuiten et Peeters ! Avec "Mortal Engines", Jackson semble mettre en place les ingrédients d’une saga qui pourrait concurrencer "Star Wars"; et pourtant, aucune campagne marketing d’envergure ne semble accompagner cette sortie. Pourquoi? Mystère

Utoya

Après le "22 juillet" de Paul Greengrass (visible sur Netflix), le cinéaste norvégien Erik Poppe s’attaque lui aussi au massacre commis en été 2011 par le terroriste d’extrême-droite Anders Breivik. Là où Greengrass reconstituait scrupuleusement la tuerie et le procès de Breivik, Poppe choisit un point de vue radicalement différent: celui de retracer, en temps réel – c’est-à dire pendant 70 minutes – le calvaire de Kaya, une jeune fille présente sur l’île d’Utoya pendant le carnage. Le film, tourné en plan-séquence, ne quitte pas ce personnage d’une semelle, pendant qu’on entend les coups de feu du terroriste éclater à proximité.

On peut évidemment saluer la performance technique et stylistique de Poppe. On peut par contre émettre des réserves sur le plan éthique: à partir d’un fait-divers atroce, le cinéaste a choisi de faire un "film à suspense", un "film de survie" avec un personnage de fiction, Kaya, imaginé à partir de différents témoignages. Le parti-pris "réaliste" de Poppe se révèle, en fin de compte, artificiel : il est obligé de "scénariser" la fuite de Kaya, de l’émailler de diverses rencontres avec d’autres jeunes… Alors que le film de Greengrass, certes plus classique, moins audacieux, se révélait plus soucieux de respecter la réalité historique (les acteurs qui interviennent dans son film "22 juillet" incarnent d’authentiques survivants). Or, avec un drame de l’ampleur d’"Utoya", respecter la vérité historique est un devoir moral.

Mary Shelley

Mary Shelley est entrée dans l’histoire de la littérature avec un seul livre, "Frankenstein ou le Prométhée moderne". Ce biopic retrace la genèse de ce chef-d’œuvre; comment l’innocente jeune fille tombe amoureuse du poète Shelley, prometteur de beaux jours qui jamais n’arrivent, comment elle écrit les bases de son livre à la suite d’un pari avec Lord Byron… Elle Fanning démontre une fois de plus l’étendue de son talent, mais le film, bien trop sage, ne rend pas justice à la démesure romantique de ses personnages principaux.

Ma mère est folle

Dans ce nouveau film de Diane Kurys, Fanny Ardant incarne une Parisienne fantasque qui, pour éviter la saisie de sa maison, cherche de l’argent facile et accepte d’aller chercher un paquet de drogue à Rotterdam… Là, elle tente de renouer avec son fils (incarné par le chanteur Vianney), qui la voit débarquer d’un très mauvais œil…

Il n’y a rien de pire que les comédies ratées. Rien ne fonctionne dans "Ma mère est folle" : la réalisation est inexistante, Ardant s’époumone avec des mauvais dialogue, Vianney n’a aucun charisme… Que ce genre de navet puisse encore s’appeler un "film" est une injure au cinéma.

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