Les combats de rue en Ukraine, exercice de prédilection des extrémistes

Certains articles de la presse ont déjà fait état de la présence de personnes manifestement très aguerries, au sein des opposants au pouvoir. Ainsi, depuis le début de la contestation ukrainienne, les observateurs n'ont pas manqué de souligner l'organisation quasi-militaire de certains manifestants, sur la place de l'Indépendance à Kiev. "Ce sont les rares émeutiers à être préparés à la guérilla urbaine, à être organisés sur la barricade, y fabriquant à la chaîne des cocktails Molotov, procédant également au milieu de la nuit à la relève, par grappes de cinquante, des camarades sur le front", écrit le correspondant du Parisien.

Dans l'édition papier du journal De Morgen, le journaliste met en parallèle ces personnes armées parmi les manifestants, avec des éléments paramilitaires agissant pour le compte de la Russie, prêtant main forte aux services spéciaux ukrainiens. Ainsi, dans la revue Politis, on peut lire que ces "Spetnaz sont des forces spéciales russes dépendant directement du ministère de la Défense et du FSB (l’ex-KGB) et ils sont réputés être réservés aux basses besognes du maintien de l’ordre". Qu'en est-il réellement?

"Le fruit d'accord avec la russie"

Pour Philippe Migault, directeur de recherches à l'Institut de recherches internationales et stratégiques (IRIS) et spécialiste de la question, la présence de paramilitaires russes ne peut pas être prouvée. "C'est une histoire qui revient régulièrement", réagit-il. "Les forces spéciales d'intervention, les Berkut ukrainiennes, ont par contre des échanges avec les Russes, et cela n'est pas un secret. C'est le fruit de l'Histoire, et d'accords de coopération. Mais il n'y a pas de preuve de la présence de paramilitaires russes".

Une extrême-droite ukrainienne ancrée dans l'histoire

Mais du côté des opposants, la présence de paramilitaires, elle, est bien attestée. Et ce n'est guère étonnant, car, parmi l’opposition la plus radicale au pouvoir ukrainien, se trouvent des sympathisants marqués du sceau de l'extrémisme nationaliste. Svoboda, le parti d'extrême droite nationaliste ukrainien, très présent depuis le début de la contestation, ne cache pas vraiment ses origines, même s'il s'efforce, au sein de la contestation de ces derniers mois, de ne pas s'afficher avec ses slogans et ses symboles très explicites.

Une extrême-droite ukrainienne dont les origines remontent à l'histoire du siècle passé. "Les origines du mouvement nationaliste ukrainien peuvent remonter jusqu'à la révolution bolchévique de 1917" explique Philippe Migault, "La mise en place d'un régime fantoche, ouvertement nationaliste, avec tout ce que cela comporte comme caractéristiques de détestation des Polonais, des Russes ou des Juifs, de pogroms etc. a été stoppée par l'arrivée de l'Armée rouge, en 1920". Par la suite, ces nationalistes ont servi de supplétifs efficaces du régime nazi, à partir de 1941.

Un entraînement aux combats

L'héritage extrémiste est donc bien présent au sein des ces groupes politiques. "Ils sont certes anti-communistes et anti-russes, mais ils ne sont pas pour autant démocrates", insiste Philippe Migault. Politiquement marqués, ceux-ci sont par ailleurs aussi composés de personnes particulièrement bien entraînées: "Ce sont des noyaux paramilitaires armés, composés parfois d'anciens militaires, habitués à la gestion de groupe, et très motivés, qui se réclament de l'extrême-droite pure et dure".

"Ils prennent le contrôle de la rue"

Des forces spéciales qui passent à un mode de répression plus dur, des ripostes de la part de manifestants paramilitaires armés: est-ce que cela peut aussi expliquer le niveau de violence observé depuis quelques jours? Philippe Migault tient à relativiser. "Le niveau de violence déployé par les autorités peut encore être plus élevé. On n'a pas encore vu des chars, ou des tirs à l'arme automatique. C'est un maintien de l'ordre musclé, face auquel des gens qui ont l'habitude de la pratique de guérilla, ou de manifestations nationalistes, peuvent répondre. Ils ont la compétence technique à exercer la violence".

Un ras-le-bol général

Mais ce que souligne également l'analyste, c'est que ces paramilitaires ont, en conséquence, la facilité de prise de contrôle de la rue, "même si tous les manifestants ne sont pas d'accord avec eux".

Et de rappeler que, si ces extrémistes représentent quelques 10 à 15% des manifestants, la plupart des Ukrainiens descendus dans la rue depuis le début de la contestation ne peuvent pas être assimilés aux groupes d'extrême-droite. "La revendication principale, ce n'est pas le rapprochement avec l'Union européenne, ou l'opposition avec la Russie", explique-t-il. "Il s'agit d'un ras-le-bol général face à la situation économique désastreuse du pays, et face à la corruption endémique à tous les niveaux de pouvoir".

W. Fayoumi

 

 

 

 

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