Les chiffres, des rails

Philippe Walkowiak
Philippe Walkowiak - © RTBF

Le rail à l’arrêt, les usagers envoyés dans les embouteillages, la confusion entre les actions et une grève qui passe quasi-inaperçue en Flandre, l’avenir du rail demeure flou.

Un plan avant tout financier

La ministre a fixé l’objectif au début de l’été : une SNCB avec un niveau de performance du service au client qui nous place dans le top 5 européen. Tout cela en réalisant près de 3 milliards € d’économies d’ici 2019 et supprimant 2700 emplois ! Ce serait risible si cela ne touchait pas des centaines de milliers d’usagers.

La SNCB doit faire face à une dette de plus de 5 milliards €, à des dysfonctionnements et peut-être à une productivité qui n’est pas optimale.

Les chemins de fer en Belgique transportaient il y a 20 ans 140 millions de passagers avec 42.000 travailleurs ; aujourd’hui, c’est 230 millions avec 35.000 travailleurs, avec une ponctualité en baisse et un matériel vieilli.

Le plan Galant a pour but de préparer la SNCB à la libéralisation du rail européen en 2019. Pour la privatiser comme le souhaite l’Open VLD ou la régionaliser comme le demande la N-VA ?

Pour l’instant, le gouvernement se limite à fixer un objectif chiffré ; à Infrabel et la SNCB de se débrouiller pour y arriver tout en garantissant une amélioration du service, du matériel et de la ponctualité, avec moins de personnel !

Idéologie

Le plan de " modernisation " des chemins de fer ne s’inscrit pas non plus dans une réflexion plus large de la mobilité en Belgique ou de réduction des émissions de CO2.

A l’ occasion des grèves des derniers jours, resurgit le débat sur le " service minimum " que même en son temps le patron Jo Cornu[1] estimait inapplicable, à l’instar plus récemment de Johnny Thijs, l’ex-patron de B-Post que beaucoup à la N-VA notamment, verraient bien à la tête des chemins de fer.

Cela n’a pas empêché la N-VA de déposer une proposition de loi instaurant le " service minimum ", court-circuitant la ministre Galant puisque le texte déposé constate : Douze mois se sont écoulés sans que la concertation initiée par la ministre débouche sur le moindre résultat concret.

La N-VA entend seule exécuter ce qui est prévu dans l’accord de gouvernement fédéral. Le texte nationaliste prévoit que 60% des trains aux heures de pointe doivent rouler… à la SNCB là-aussi de se débrouiller. Les chemins de fer avaient déjà fait leur compte : pour arriver à ce résultat, il faudrait dans certaines catégories du personnel, réquisitionner … 90% des travailleurs, de quoi nourrir les recours judiciaires contre le sacro-saint " droit de grève " ! Tout ceci sans compter qui déterminera quel train roule ou qui peut y monter…

La comptabilité et l’idéologie pourront-ils faire arriver les trains à l’heure ?

Les voyageurs attendent…

@PhWalkowiak

[1] In L’Echo, 22 août 2014.

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