Le sexisme ordinaire à la radio et sur Youtube, le fond de commerce des humoristes

Le sexisme ordinaire à la radio et sur Youtube, le fond de commerce des humoristes
Le sexisme ordinaire à la radio et sur Youtube, le fond de commerce des humoristes - © Tous droits réservés

Les résultats d’une étude rendue publique jeudi dernier, par le Haut Conseil à l'Egalité en France révèle la banalisation du sexisme dans les programmes des matinales de radio et dans les vidéos de célèbres Youtubeurs français. Nous consommons ces médias aussi en Belgique. Dans cette étude, 71% des chroniques humoristiques analysées mobilisent des ressorts sexistes. Les femmes sont moquées pour leur physique, qualifiée de "baleine rose" sur RTL ou pour leur âge sur Europe 1.

Les femmes sont présentées comme hystériques, idiotes, fragiles, sexualisées même si c’est hors propos… Les imitateurs, Laurent Gerra et Nicolas Canteloup font reposer leur humour sur la sexualisation des femmes imitées. Ce mécanisme permet de dissocier les femmes imitées de leurs compétences politiques, et de les assimiler constamment à leurs corps.

Les pires élèves selon ce rapport 

Europe 1 a le bonnet d’âne, dix chroniques sur dix mobilisent des ressorts sexistes, ensuit vient RTL avec huit chroniques sur dix. France Inter s’en sort mieux - une femme Charline Vanhoenacker y tient la chronique quotidienne -, seules 2 chroniques sur 8 utilisent des ressorts sexistes. A noter que d'autres femmes humoristes tiennent l'antenne sur la radio publique, adoptant souvent un ton féministe (Sophia Aram, Nicole Ferroni, etc.).

Le service public a développé une stratégie pour renforcer l’égalité devant et derrière le micro. France Inter est aussi la seule radio dont la matinale est coanimée par une femme (Léa Salamé). Autre élément dans l’étude, quand les femmes ont la parole, elles sont plus souvent interrompues que les hommes. C’est ce qu’on appelle le maninterrupting. Les hommes ont tendance à couper plus régulièrement la parole aux femmes lors des interviews. Autre point d'attention: les femmes sont plus souvent appelées par leur prénom alors que le présentateur a son patronyme entier.

L’étude française s’est penchée aussi sur le sexisme dans les vidéos des Youtubeurs humoristes

Si on parle de révolution digitale, aucune révolution des mentalités à l’horizon puisque près de 85% des vidéos visionnées de Cyprien et Norman contiennent du sexisme. Youtube ou pas, on rit à l’ancienne. Les personnages masculins sont généralement plus complexes. Les personnages féminins, agressives, paranoïaques, jalouses ne contrôlent pas leurs émotions. Elles reproduisent le "mythe de la mégère".

Lorsqu’elles ne sont pas montrées comme agaçant les hommes ou comme naïves, les femmes sont mises en compétition entre elles. Les hommes à l’inverse, sont solidaires entre eux, et rient entre eux des femmes. Que ce soit dans les matinales ou sur Youtube, les femmes son émotives et hystériques.

Un humour pas si inoffensif que ça

Cela a un impact dans la vraie vie. Dans le monde du travail, le magazine Fortune a analysé 250 évaluations dans plusieurs compagnies en technologie, les hommes recevaient 59 % de feed back négatif contre 88 pour cent pour les femmes. Contrairement aux hommes, les femmes se faisaient juger sur leurs personnalités. Elles étaient trop émotives, difficiles et agressives.

Le rapport du Haut Conseil à l'Egalité dit enfin que les procédés utilisés dans les matinales ou par les humoristes sur Youtube continuent à renforcer les stéréotypes de genre et légitiment ainsi les inégalités qui peuvent prendre des formes implicites dans le monde du travail.

 

 

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