Le retour des sorcières: un mouvement politique en vogue

Nous sommes en pleine période d’Halloween, dans les rues déambulent des petites sorcières. Pourtant c’est tout au long de l’année que les sorcières font des apparitions aux Etats-Unis, un mouvement qui est devenu politique et un livre qui vient de sortir nous en apprend plus sur ce phénomène.

Ces sorcières sont des féministes New-Age (un mouvement très répandu aux Etats Unis qui mêle éveil spirituel, empowerment et combat politique), qui continuent à se réunir au pied de la Trump Tower à New York ou chez elles, devant leur autel. Elles se mobilisent chaque mois, depuis l’accession de Donald Trump à la présidence, des milliers de sorcières réunissent leurs forces, à la lune décroissante, pour jeter un sort au président. Des sorcières qui diffusent des photographies sur les réseaux sociaux avec les mots-clés #BindTrump  et #MagicResistance. Parallèlement dans certains États américains, des groupes baptisés Witch ("sorcière") militent pour la justice sociale, pour le black lives matter, contre la politique migratoire du gouvernement, pour le droit à l’avortement. C’est une manière de réhabiliter la figure de la sorcière car ce sont les femmes les plus pauvres et celles qui dérangeaient l’ordre établi qui ont été les victimes de la chasse aux sorcières, pour l’essentiel entre le 16e et 17e siècle en Europe.  

Un livre qui réhabilite les sorcières

Dans son livre, "Sorcières : la puissance invaincue des femmes", sorti il y a quelques semaines, et déjà écoulé à plus de 20.000 exemplaires. Mona Chollet explique qu’en Europe, il s’agissait de guérisseuses qui étaient aussi des avorteuses alors que le pouvoir politique et religieux s’inquiétait de la diminution des naissances au lendemain de la grande peste qui avait tué un tiers de la population. L’autre groupe visé dans cette chasse aux sorcières était les femmes libres, célibataires ou veuves. Celles qui échappaient au contrôle masculin. Mona Chollet dit qu’il s’agit d’un crime de masse motivé par la misogynie. Mais attention, passer de femme libre à sorcière à l’époque, c’était assez simple, un soupçon d’insolence et un brin d’assertivité suffisaient dans un climat de psychose collective. Exemple de ce climat de folie : la campagne menée entre 1587 et 1593 dans vingt-deux villages, en Allemagne, fut si violente que, dans deux d’entre eux, elle ne laissa plus qu’une femme encore en vie ; 368 furent brulées. 

Une nouvelle génération de féministes reprend aujourd’hui ce symbole

Les sorcières sont les femmes qui revendiquent leur indépendance. "La sorcière incarne la femme affranchie de toutes les dominations", explique, Mona Chollet dans son livre. Même si l’auteure reconnaît que l’autonomie matérielle et juridique est consacrée en tout cas, dans la réalité y a encore du boulot. Les femmes célibataires sans enfants, sont encore taxées de femmes à chats, dépeintes de façon pathétique. Mona Chollet casse de façon assez comique le stéréotype de la vieille peau. Les sorcières actuelles, explique-t-elle, sont loin de l’idéal maternel, doux et nourricier. Elles sont pour l’IVG comme les guérisseuses autrefois poursuivies pour sorcellerie. Il suffit encore de transgresser l’ordre établi pour être diabolisées. Ces sorcières se réclament d’un slogan célèbre : "Nous sommes les petites-filles des sorcières que vous n’avez pas réussi à brûler".

 Source : "Sorcières : La puissance invaincue des femmes", Mona CHOLLET aux éditions La Découverte

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