Le Président, la Loi, la Liberté

Philippe Walkowiak
Philippe Walkowiak - © RTBF

Une monarchie est-elle intrinsèquement une démocratie ? Quand un pays confie automatiquement la fonction de dirigeant suprême par le droit du sang et pas par la volonté de son peuple, peut-il être considéré comme une démocratie au sens étymologique du terme ?

En Belgique (francophone en tout cas), on évite de se poser la question depuis longtemps et de toute façon, le pays a détourné le problème depuis 1831 puisque si roi il y a, il ne le devient qu’après avoir pris l’engagement de respecter la Constitution qui encadre très strictement sa fonction.

La Flandre et le Roi

Longtemps, la Belgique s’est construite sur une Flandre catholique, conservatrice et royaliste et une Wallonie libérale, progressiste et laïque où ont émergé les premiers courants républicains. Déjà en 1830, par le biais de Louis De Potter, héros de l’indépendance belge complètement oublié aujourd’hui, l’idée d’une république belge avait été avancée avant d’être abandonnée pour ne pas fâcher toutes les royautés qui nous entouraient.

Va donc pour une monarchie constitutionnelle, qui sera remise en cause par les socialistes dès la fin du XIXème siècle. L’accession au pouvoir de ces derniers allaient tempérer leurs ardeurs républicaines qui ne s’exprimeront  partiellement que durant la Question Royale où il fut finalement plus question du départ de Léopold III que de l’abolition de la monarchie. Mais là où la Flandre s’affichait léopoldiste à 72%, la Wallonie rejetait le Roi à 58%. Mais tout cela, c’était bien avant l’essor du mouvement nationaliste, la création de la Volksunie, du Vlaams Blok/Belang où de la N-VA. Au dernier scrutin (2014), les partis ouvertement républicains et indépendantistes attiraient plus de 37% des électeurs flamands ; la dernière enquête KUL publiée ce jour dénombre... 38% de Flamands à estimer qu’un roi n’est pas nécessaire en Belgique.

La Wallonie et le Roi

Les Wallons estiment quant à eux, à 66%, qu’un Roi est indispensable au pays. Il y a 25 ans, ils n’étaient " que " 59%.

Cette mutation est palpable dans l’évolution institutionnelle du pays entre une Flandre de plus en plus sûre d’elle-même, qui entend s’émanciper du " vieux " cadre belge et une Wallonie nostalgique de la " Belgique de papa ", se sentant toujours en crise. L’étude démontre aussi un lien étroit entre situation sociale précaire et attachement à la monarchie. Cela devient tout le paradoxe du PS, premier parti wallon, où beaucoup de cadres sont républicains dans l’âme mais où aucun ne prendrait le risque médiatique de le dire publiquement. Alfred Defuisseaux doit se retourner dans sa tombe…

Cette peur et ce clivage nord-sud paralysent aussi tout débat serein sur l’avenir institutionnel du pays. Au XXIème siècle, une monarchie (fût-elle constitutionnelle) héréditaire a-t-elle encore un sens ? Est-ce du folklore, de la nostalgie ou le sens de l’Histoire ? Il est de bon ton de justifier la place actuelle du roi par le rôle joué par Albert II dans la crise politique de 541 jours de 2010-11. Mais un président aux pouvoirs restreints, au-dessus des partis comme en Allemagne ou en Italie n’aurait-il pas pu jouer la même partition ?

En Flandre, le débat quelque peu vicié par la question autonomiste existe mais la Belgique de 2016 serait bien incapable d’entamer un débat serein sur la … Question, tant elle semble craindre pour sa survie.

 

@PhWalkowiak