Le Premier, l'arbitre et le notaire

Philippe Walkowiak
Philippe Walkowiak - © RTBF

La cohérence idéologique de l’équipe fédérale devait lui  assurer unité de vue et d’action. Après 15 ans de marchandages gauche-droite, après avoir connu un gouvernement de " salut public " Di Rupo 1er où tous les partis traditionnels étaient au pouvoir, la Belgique retrouvait une coalition qui rassemblait les programmes socio-économiques les plus proches. Cela se traduisait immédiatement, le nouveau gouvernement prenait dès son installation des mesures qui allaient déjà bien plus loin que les programmes électoraux des partis de la nouvelle majorité : pension à 67 ans, saut d’index, hausse de la TVA sur l’électricité, etc…

Particratie

Cette unité de vue n’allait finalement pas durer. La contestation sociale a tout d’abord ébranlé le CD&V, sensible aux critiques sévères de l’ACV. Les quatre formations du gouvernement fédéral avaient beau être proche idéologiquement, il n’en restait pas moins que chacun tenait à sortir d’un conclave budgétaire avec un " trophée ". Mauvais sondages sur les intentions de vote en sus (tous les partis au pouvoir déclinent peu ou prou), le climat se détériorait entre les partenaires.

La dernière négociation n’aura pas échappé à la règle du marchandage entre les partis d’une coalition, comme de tradition dans tous les gouvernements belges finalement.

La N-VA a voulu imposer sa réforme de l’impôt des sociétés (ISOC), le CD&V a dégainé une taxation des plus-values boursières, à peine chiffrée et que même les socialistes n’avaient jamais osé mettre sur une table de négociation ! L’Open-VLD ne pouvait que surenchérir en ressuscitant les vieux Cooreman-De Clercq.

Leadership

Face à cette inflation de demandes diverses, le chef du gouvernement fédéral aura vacillé. Dans les coulisses de la majorité, certains partenaires flamands épinglaient (hors micros, bien sûr) une certaine " légèreté " dans la gestion de l’agenda : de longues vacances, une bonne semaine à New-York en plein conclave, un manque de préparation des négociations avec pour résultat des portes qui claquent, un discours reporté en dernière minute, des bancs ministériels vides pour la rentrée solennelle des représentants de la Nation et une communication émue où le Premier Ministre implore sa majorité en séance publique de la Chambre.

Finalement, Charles Michel aura mis le halte-là, décidant avec ces vice-premiers qu’il valait mieux un accord rapide, fut-il minimaliste. Va pour un exercice comptable qui remet implicitement en cause le retour à l’équilibre avec les deux projets de loi sur la table des partenaires sociaux depuis des mois pour habiller le tout, la N-VA obtenant malgré tout ses coupes dans les dépenses sociales. Le Premier Ministre jouait les médiateurs entre les partis flamands de sa majorité et prenait ainsi bonne note que les " sujets qui fâchent " seraient remis sur la table… prochainement.

La crise était passée. Charles Michel a repris les rênes du char gouvernemental. Il y aura peut-être aussi laissé, entre arbitre des désaccords flamands de sa majorité et notaire de leurs accords, un peu de son autorité.

 

@PhWalkowiak

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