Le poker menteur N-VA – PS

Philippe Walkowiak
Philippe Walkowiak - © RTBF

 

Quand les évènements vous échappent, feignez de les avoir organisés selon un adage prêté à Clémenceau ou alors en paraphrasant Cocteau Puisque ces mystères me dépassent, feignons d’en être l’organisateur. [1]

Politiquement, s’enfermer dans un calendrier reste très hasardeux. La triplette de présidents des partis qui forment l’actuel gouvernement minoritaire, autoproclamée chargée de mission, le découvrent. La réunion à six partis, préparatoire à un démarrage de négociation à la formation d’un gouvernement fédéral, prévue avant le 21 juillet, n’aura pas lieu. Game over.

De Wever désormais à la manœuvre

Puisqu’il faut bien faire bonne figure après avoir été présomptueux, un communiqué commun affirme que ces trois partis gardent la main. Le temps de laisser PS et N-VA discuter. Mais de là à imaginer, que Bart De Wever viendra leur faire un quelconque compte rendu, comme un employé modèle auprès de son directeur, c’est prendre ses désirs pour des réalités ! L’intéressé l’a déjà fait savoir, il n’est le sous-traitant de personne : Si on me demandait de négocier, je le ferais sous ma propre responsabilité, a-t-il précisé à la VRT.

Le président de la N-VA est déjà passé à autre chose : une nouvelle et vaste réforme de l’état, négociée avec le PS. Seule base solide selon lui à un nouveau gouvernement. Que les autres partis comptent peu dans cette affaire semble bien clair dans l’esprit du leader nationaliste.

Pour la N-VA, cette réforme devient aussi une question de survie. Talonné par le Vlaams Belang, former un gouvernement fédéral assorti de bien plus de compétences pour la Flandre constitue pour les nationalistes la dernière manière d’imposer leur marque, d’espérer ainsi faire reculer le Vlaams Belang, qui lui reste indésirable dans toutes négociations.

Le fait qu’il faille pour ce faire trouver 100 députés pour soutenir cette nouvelle réforme n’embarrasse visiblement pas Bart De Wever.

Magnette au pied du mur

Après avoir plusieurs fois tergiversé, connu des dissensions internes pas tout à fait apaisées, le président du PS se retrouve dans la situation qu’il voulait éviter au lendemain du scrutin. La mission des trois présidents de parti a donné corps à un gouvernement sans le PS. Cette crainte a amené Paul Magnette à envisager de discuter avec la N-VA.

Ce " dégel " met illico fin à la mission Bouchez-Lachaert-Coens ; les deux " grands " reprennent la main. Mais pour quoi faire ? Comment ?

La N-VA semble disposée à concéder certaines mesures sociales, le PS de nouveaux transferts de compétences. Pour les deux formations, nettement en recul lors du dernier scrutin, une partie de leur avenir se joue ici. Quel crédit accorder au " rapprochement " de deux partis, meilleur ennemi réciproque proclamé ?

Le 17 septembre, Sophie Wilmès posera la question de confiance quant à la survie de son gouvernement provisoire minoritaire. Il reste moins de deux mois pour accorder deux formations que tout oppose, a toujours opposé et convaincre une kyrielle de partis de les rejoindre sans trop barguigner.

Qui y croit ?

 

@PhWalkowiak

 

 

[1] Jean Cocteau in Les Mariés de la Tour Eiffel

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