Le pédiatre, la N-VA, le directeur et l'école

Philippe Walkowiak
Philippe Walkowiak - © RTBF

D’ici peu, il ne faudra pas s’étonner d’une épidémie de burn-out bien plus que de coronavirus parmi les directions d’écoles !

A présent, celles-ci sont priées d’oublier, et de faire oublier, les consignes strictes sur lesquelles elles ont été obligées de travailler de nombreux jours, y passer des soirées ou des week-ends, à repenser l’accueil scolaire. Tout ça pour ça ; l’évolution de la pandémie ne constitue pas une explication suffisante. Aujourd’hui, de nombreux enseignants et directeurs ont l’impression que l’on s’est un peu foutu de leur poire !

Pressions

Depuis les premières mesures de confinement, les patrons flamands, représentés par le VOKA, poussent à la reprise rapide de l’activité économique.

Dans la même logique, le gouvernement flamand et singulièrement la N-VA ont poussé à cette reprise, reprenant en cela l’argumentaire du VOKA mais aussi soucieux de démontrer qu’en ces matières (économie et enseignement) la Belgique fédérale laisse les pleins pouvoirs aux entités fédérées. De plus, en Flandre le ministre des écoles siège autour de la même table que celui des entreprises. Ce qui n’est pas le cas côté francophone.

Le ministre flamand de l’enseignement Ben Weyts (N-VA) avait même fixé les dates de reprise, les écoles flamandes averti les parents avant même que formellement la décision soit prise.

Côté francophone, le ministre-président Pierre-Yves Jeholet (MR) s’est d’ailleurs irrité de cette mise devant le fait accompli.

Malgré tout, il aura encore fallu deux jours de réunion, dix ministres et six gouvernements à accorder pour finalement adopter la solution voulue initialement par la Flandre. Bémol francophone : chaque PO pourra adapter le nouveau dispositif à sa guise.

Pédiatres

La pression ne fut pas qu’économique et politique. Longtemps oubliés, les enfants doivent aussi avoir leur propre déconfinement. Opportunément, des pédiatres auront permis de donner des arguments sociaux à des politiques qui en manquaient. Le retour à l’école devient plus une nécessité sociale qu’un besoin pédagogique.

Il reste à présent aux établissements scolaires à s’adapter dans la précipitation, d’oublier dans le primaire la distanciation et dans le secondaire à pousser les murs !

Il reste nombre d’interrogations (port du masque pour certains enseignants et pas d’autres dans la même école, l’organisation des repas, des récréations, les transports en bus qui eux restent contingentés, la désinfection des jeux, les lavages de main, etc.).

Sans véritable explication, alors que le nombre de décès quotidien ne diminue plus, on passe en un claquement de doigts, d’un retour prudent et circonspect à une rentrée massive !

Désormais, c’est le confinement même qui est à géométrie variable. Les enfants peuvent être à 20 dans une classe mais pas dans un bus ; un enfant peut passer sa journée avec son institutrice de 62 ans sans masque mais ne peut être gardé par sa grand-mère de 52 ans, etc.

Sinon, quelqu’un a des nouvelles des 15 millions de masques promis par le fédéral ?

 

@PhWalkowiak