Le nationalisme se dresse déjà face au nouveau gouvernement

Philippe Walkowiak
Philippe Walkowiak - © RTBF

Ne constituent-ils finalement que les deux faces d’une même pièce ? Les deux visages d’une même pensée ?

Vlaams Belang et N-VA fourbissent leurs armes pour combattre un gouvernement qui tarde à naître. Chacun à sa manière. Les vociférations de l’un, les phrases assassines de l’autre.

Illégitime

Le Vlaams Belang est arrivé à rassembler plus de 10.000 personnes, venues des quatre coins de Flandre en voiture, un dimanche matin, aux portes de Bruxelles. Cela doit représenter un des plus importants rassemblements d’extrême-droite depuis longtemps. Et cette fois, pas contre des problèmes linguistiques ou d’immigration ; " simplement " parce que le gouvernement fédéral en gestation ne représente pas la majorité de l’électorat néerlandophone du pays. La démonstration reste à relativiser. N’importe quel syndicat mobilise bien plus et la dernière manifestation du PTB a rassemblé un nombre équivalent de personnes. Mais les motivations sociales ratissent généralement plus largement que les raisons politiques.

Dans la même veine, Bart De Wever a rappelé sur les plateaux TV que la majorité qui se mettait en place était contraire aux intérêts de la Flandre.

Et de fait, comme nous l’avions souligné à propos du gouvernement Michel, privé de légitimité en Wallonie et Bruxelles, le futur gouvernement ne disposera pas d’une légitimité démocratique en Flandre. Désormais, la Belgique est ainsi faite. Ce n’est pas la première fois, mais à présent cela compte et pèse sur le débat politique.

Le dilemme de Bart De Wever

Depuis le dernier scrutin, le Vlaams Belang a fixé le ton de son opposition, jouant clairement la carte de la Flandre spoliée par le niveau fédéral. Le parti nationaliste d’extrême-droite investit d’ailleurs massivement dans les réseaux sociaux pour répandre ce discours. Et à en croire les sondages, cela marche. Le VB serait de loin le parti préféré des Flamands.

A l’inverse, la N-VA se cherche. L’été 2019, Bart De Wever a soupesé, tenté l’alliance avec le Vlaams Belang. À contrecœur, semble-t-il, il a bien dû se raviser mais a contribué à conforter la tentation du front commun nationaliste et à crédibiliser cette extrême-droite qui lui siphonne pourtant son électorat.

Ensuite, passant en quelque sorte d’un extrême à l’autre, le président de la N-VA n’a eu de cesse de proclamer vouloir conclure un vaste accord avec les socialistes wallons, l’adversaire le plus honni de tous les discours du parti depuis sa création !

Dans une logique confédéraliste où les deux partis leaders de leur communauté doivent se mettre d’accord, N-VA et PS ont mené l’exercice assez loin. Libéraux et écologistes y ont mis fin. Exit la N-VA. Place à une majorité fédérale minoritaire en Flandre. La N-VA perd sur les deux tableaux et doit dare-dare éviter que le Vlaams Belang ne prenne le leadership de l’opposition. Bart De Wever doit donc à présent lutter à sa droite contre le VB et au centre contre le programme socio-économique Quatre-Saisons.

Mais pour les deux formations nationalistes, le même leitmotiv : le gouvernement fédéral est anti-flamand et seul le Flamand payera les politiques à venir.

Le ton est donné et risque même de s’amplifier quand les projets de réformes institutionnelles seront détaillés.

L’opposition s’annonce dure, voire violente. DéFI (2 députés) ou cdH (5 députés) risquent de connaître des difficultés à faire entendre leur petite musique constructive.

 

@PhWalkowiak

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