Le grand safari sexuel de la colonisation: une histoire oubliée

Les débats sur la colonisation continuent à occuper le devant de la scène médiatique. Statue de Leopold II à déboulonner, restitution des œuvres spoliées par les colons mais un autre thème émerge, un livre à paraître jeudi, s’intéresse au sexe et à la colonisation. Il s'intitule : "Sexe, race et colonies".

La colonisation est une entreprise de domination. Celle d’un peuple sur un autre. Tous les domaines y passent : économie évidemment, politique bien sûr, richesses culturelles pour le moins. Et l’appropriation du corps du peuple dominé est au cœur d’un ouvrage collectif, qui jette un pavé dans la marre. Le livre "Sexe, race et colonies", écrit par une centaine d’historiens, anthropologues et politologues reflète la place importante et peu explorée de cette réalité. Ce travail de titan a passé au scalpel quelque 300 fonds d’archives dans le monde entier pour recueillir un millier de peintures, illustrations et photographies couvrant six siècles d’histoire. 

Un pan important de l’histoire de la colonisation

L'objectif poursuivi par les auteur.e.s de ce livre est de révéler une réalité méconnue, de réfléchir autrement sur le fait colonial, par le prisme du genre et de la sexualité. L’abondance de clichés, 1200 démontre qu’il s’agit bien d’un système à grande échelle. Dans un article de Libération paru vendredi et d’ailleurs censuré par Facebook, un des historiens qui coordonne le livre, Blanchard, indique que "Quand on pense à la prostitution dans les colonies, personne n’imagine à quel point ce système a été pensé, médiatisé et organisé par les Etats colonisateurs eux-mêmes. Ceux qui pensent que la sexualité a été une aventure périphérique au système colonial se trompent : elle est au centre même de la colonisation".  

Dans les colonies, la morale s’en va aussi. Sur place tout est permis 

La plupart des images publiées retracent cette histoire cachée, qu’on ne voit pas dans les musées, des images qui parlent d’abus, viol, pédophilie. L’ouvrage pointe aussi l’importance d’un objet qui semble pourtant banal, la carte postale qui offre une imagerie érotico-raciale. Des dizaines de millions d’exemplaires de cartes postales ont été diffusées en Europe : des corps nus de femmes colonisées alors qu’on ne pouvait absolument pas montrer une femme blanche comme cela. Cela fabrique une culture. "Ces cartes et leurs récits mais aussi les magazines populaires, les romans de gare ou les illustrés grand public - sont la preuve que la colonisation fut un grand "safari sexuel", précise Pascal Blanchard, dans l’article de Libération

Le lien entre cet imaginaire et des situations contemporaines

Ces fantasmes coloniaux sont encore présents. On les retrouve dans la publicité, dans le cinéma. Souvenez-vous du livre: "Noire n’est pas mon métier". Seize actrices y témoignent et disent que pour beaucoup d'entre elles, percer dans ce milieu signifie surmonter des obstacles infinis. Elles y partagent des anecdotes comme: "Pour une Noire, vous êtes vraiment intelligente, vous auriez mérité d'être blanche" ou encore "Oh, la chance, d'avoir des fesses comme ça", "Vous devez être chaude au lit".  On est en plein dans ce que dénonce cet ouvrage, "Sexe, races et colonie". Le sujet est vraiment en vogue car un autre ouvrage sort mercredi, "Décoloniser les arts",  quinze artistes traitent en toute subjectivité de la question des discriminations raciales à l'œuvre dans ces milieux culturels. On y trouve d’autres anecdotes qui valent le détour.

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK