Le grand paradoxe du marché de l'automobile

Chaque année, la grand messe de l'automobile attire la foule
Chaque année, la grand messe de l'automobile attire la foule - © Febiac

Diesel-bashing, réchauffement climatique, problèmes de mobilité, zones de basses émissions, complexité du choix de motorisation, réforme de la fiscalité… Que d’arguments pour conforter la tendance observée lors du premier semestre 2019 : le marché automobile va mal ! Et puis paf, en ce début janvier tombent les chiffres complets des immatriculations pour l’année écoulée : 550.003 voitures neuves, c’est tout simplement la deuxième année record après celle de 2011. Mais pourquoi donc le Belge est-il toujours aussi fan de bagnoles ? Les raisons sont multiples et paradoxalement, on verrait bien la prise de conscience "écologiste" jouer un rôle non négligeable dans ce succès.

Voitures de société, mais pas qu’elles

Le nombre impressionnant d’immatriculations ne doit pas faire oublier que la situation belge est un cas à part. La législation sur les voitures de société dérègle complètement le marché et il y a fort à parier que si la loi changeait en devenant plus restrictive, les ventes globales de voitures diminueraient fortement. Pour l’instant, le leasing fonctionne toujours à plein rendement et les véhicules suivent leur cycle de remplacement régulier. Mais si les trois marques premium allemandes se retrouvent une fois de plus dans le top 10 des immatriculations 2019 (Mercedes 4° devant BMW 5° et Audi 7°), le top trois est constitué de marques généralistes (VW, Renault et Peugeot).

Alors qu’on pensait que beaucoup de remplacements de voitures particulières seraient retardés, le temps d’y voir plus clair dans les tendances de motorisations et la fiscalité, il semble que le durcissement des normes environnementales a aussi précipité le renouvellement de véhicule chez certains automobilistes. Les zones de basses émissions (LEZ) d’Anvers, Gand et surtout Bruxelles bannissent à présent des voitures, surtout diesel, les plus polluantes. Pour Bruxelles par exemple, les diesels Euro 3 sont à présent interdits, ce qui signifie à peu de chose près des voitures de quinze ans. Et à Anvers et Gand, c’est encore plus contraignant.

Le Dieselgate dans le rétroviseur

Il y a déjà quatre ans que l’affaire des logiciels truqués de Volkswagen éclatait aux USA, avec les conséquences qu’on connaît et qui continuent à modifier fondamentalement le paysage automobile mondial, mais surtout européen où le diesel était devenu le carburant incontournable. Depuis lors, même si la tendance était déjà amorcée, beaucoup de propriétaires de voitures au mazout les ont revendues pour passer à un autre carburant, voire à un autre type de motorisation plus vertueuse. Et une fois le vent de panique passé, on a constaté que le diesel n’a pas disparu mais qu’on était arrivé à une situation plus logique. Souvenons-nous que pendant des années, les incitants financiers ont dopé les ventes de moteurs diesel, même pour des conducteurs qui n’en avaient absolument pas l’utilité. Le marché s’est maintenant rééquilibré.

Archives: le 10/09/2018, premier procès relatif au Dieselgate (sujet JT):

Mais la bonne nouvelle dans cette histoire, c’est que les Etats se sont réveillés, ont durci les normes environnementales, modifiés la méthode de test de consommation et rejets polluants et incité les constructeurs à développer des voies alternatives. Ce n’est sans doute pas un hasard si la plus forte progression d’immatriculations constatée en 2019 est à mettre sur le compte de… Tesla ! 3690 immatriculations et 320 pour cent d’augmentation, rien que ça. On a vendu plus de Tesla électriques que de Honda ou de Porsche.

On peut aussi expliquer un tel succès de vente par la conjoncture actuelle. L’économie ne se porte pas mal. La population augmente. La classe moyenne quitte la ville pour des logements plus accessibles. Les besoins de mobilité ne diminuent pas alors que l’offre des transports publics reste insatisfaisante. La voiture demeure, de loin, le moyen de transport préféré des Belges.

Et si, finalement, nous avions toujours cette envie viscérale de posséder un véhicule ? L’offre de modèles et de motorisations est pléthorique, difficile de ne pas trouver pédale d’accélérateur à son pied. Les mentalités évoluent, nous dit-on, mais sans doute moins vite que prévu. Car en 2019, les chiffres ont prouvé que le Belge a non seulement une brique dans le ventre, mais aussi un volant entre les mains.

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK