Le grand débat des présidents : Jean-Marc Nollet et Charles Michel bousculés

Le grand débat des présidents : qui sera le plus convaincant ?
Le grand débat des présidents : qui sera le plus convaincant ? - © Tous droits réservés

Le grand débat des Présidents, c’était ce mercredi soir en direct sur la RTBF. À quelques jours des élections, les présidents des grands partis francophones se sont rencontrés sur notre plateau.

Elio Di Rupo (PS), Charles Michel (MR), Maxime Prévot (cdH), Jean-Marc Nollet (Écolo) et Olivier Maingain (DéFI) venaient défendre leur programme. Le PTB, de son côté, n’a pas participé à l’émission.

L’objectif de ce débat était de confronter les points de vue de 5 partis politiques représentés par des députés fédéraux, communautaires et régionaux, élus sur leurs listes lors du dernier scrutin.

Les thèmes abordés : la justice, la mobilité, le climat, l’immigration et le pouvoir d’achat.

Le pouvoir d’achat des Belges

Sur le dossier du pouvoir d’achat, les 5 présidents de partis ont expliqué les grandes lignes de leurs programmes.

Elio Di Rupo explique avoir mené une grande enquête. « 42.000 personnes ont été sondées et veulent plus de justice sociale. Il faut lutter pour plus de justice sociale. Quand on parle de justice fiscale, il faut d’abord proposer des choses mais aussi les financer », explique le Président socialiste.

Charles Michel, lui, revient sur la globalisation des revenus et la hausse du précompte immobilier proposée, selon lui, par Ecolo, le PS et le PTB. « De fausses bonnes mesures » pour le Premier ministre.

Jean-Marc Nollet pointe le chiffre d’1,8 millions de Belges qui vivent sous le seuil de pauvreté. « Il faut réduire les inégalités », répète le coprésident d’Ecolo.
Olivier Maingain estime lui aussi qu’il faut plus de justice sociale en renforçant la justice fiscale.

La justice sous-financée

Les Présidents autour de la table sous tous d’accord pour dire qu’il faut un refinancement de la justice. Maxime Prévot estime qu’il faut plus de magistrats, plus de juges : « Nous avons une obligation légale mais aussi morale. Combien faudra-t-il encore de Julie, de Wivinne, avant de refinancer la justice ? On a des gens qui sortent de prison qui sont pires qu’avant. C’est la responsabilité du gouvernement Michel ».

« Il y a un manque de personnel, notamment dans le Hainaut. Les retards deviennent de plus en plus importants et les citoyens ne se retrouvent plus », explique Elio Di Rupo.

La tension monte lorsque Nathalie Maleux et François De Brigode posent la question du port du voile dans les administrations, Charles Michel sort alors le tract controversé d’Ecolo et interpelle directement Jean-Marc Nollet. Et le ton monte rapidement, comme vous pouvez le voir dans la vidéo ci-dessous.

Plus chaud que le climat?

Le climat était évidemment un thème incontournable pour ce grand débat. Tous sont une nouvelle fois d’accord sur l’urgence de réagir.

Pour Olivier Maingain, cette urgence passe par plusieurs mesures. « Nous devons garantir dans tous nos investissements qu’il n’y aura pas d’émissions de CO2. Il faut créer des corridors de zones vertes entre les zones rurales et les villes. Il faut aussi réduire l’éclairage public. »

Charles Michel prône, lui, pour une économie circulaire : « Nous avons en Belgique un taux élevé de recyclage, c’est une opportunité de créer de l’emploi dans ce domaine ».

L’isolation des logements est la mesure défendue par Elio Di Rupo : « Il faut des investissements dans les maisons, c’est primordial ».

Jean-Marc Nollet remercie, lui, les autres partis et les jeunes « qui ont forcé certains partis à se mettre à penser au climat. C’est fondamental, il faut déclarer l’urgence climatique ». « C’est facile de reprocher aux autres ce que vous n’avez pas fait vous-même ! », lui répond Maxime Prévot. Le Président du cdH estime que Ecolo n’a pas enclenché les mécanismes de défense du climat lorsqu’il était au pouvoir.

La mobilité en question

Le quatrième thème de la soirée abordait la mobilité. Pour le MR, il faut un pacte pour les investissements. « Réformer le système de voitures de société oui », explique Charles Michel, « mais pas supprimer la voiture de société ». « Il faut des véhicules connectés, partagés, l’extension du métro à Bruxelles, continuer les travaux du RER. »

Pour DéFI il faut surtout un investissement immense dans les transports en commun. « Il faut 1 milliard d’euros par an pour les transports en commun et la mobilité douce, il faut une harmonisation des titres de transport, qu’on puisse prendre le bus à Bruxelles avec le même titre de transport, le même tarif si on se rend en Wallonie », estime Olivier Maingain, « on pourra alors seulement dégraisser le système des voitures de société. »

Elio Di Rupo rappelle lui la mesure du parti socialiste concernant la baisse de la TVA sur certains moyens de locomotion : « Il faut baisser la TVA sur les vélos électriques de 21 à 6% ».

« Il faut que tout le monde puisse trouver, près de chez lui, un arrêt de bus, de train avec de vraies amplitudes d’horaires. Il y a des gens qui travaillent très tôt, d’autres très tard, il faut que ces gens puissent avoir des bus, des trains, des métros. Il faut donc un investissement dans les transports comme on ne l’a jamais fait », explique Jean-Marc Nollet.

Le cdH répète sa position en matière de voitures de société : « On ne peut pas supprimer la voiture de société sans alternatives valables. Ça ne va pas. Mais il faut aussi une meilleure flexibilisation du marché du travail. Que les travailleurs puissent travailler 4 jours semaine. Plus longtemps chaque jour mais pour pouvoir être le cinquième jour à la maison. »

Une politique d’immigration digne?

C’est le thème qui a le plus cristallisé le débat : l’accueil des réfugiés et la gestion de cet accueil par le gouvernement Michel. A la question, « Faut-il enfermer des enfants dans des centres fermés ? », les attaques ont fusé sur le plateau.

« Ce que nous ne ferons pas en matière de politique migratoire c’est ni les razzias préconisées par cet infâme personnage qu’est Bart de Wever […], ce n’est pas l’enfermement, ni les visites domiciliaires », assène Olivier Maingain. Le président de DéFI enchaîne : « Ni racisme, ni laxisme. Mais avec la N-VA et Bart De Wever on est dans le racisme. »

Pour le coprésident d’Ecolo aussi, les choses sont claires : « On n’enferme pas les enfants, point barre » estime Jean-Marc Nollet qui interpelle directement Charles Michel. « Votre gouvernement a collaboré avec des dictatures au Soudan. C’est indigne. »

Charles Michel tente alors de contextualiser : « C’est une mesure de dernier ressort. Quand les familles ont refusé d’exécuter une décision de quitter le territoire, il faut prendre des mesures ».

« Un enfant, quelles que soient les explications fournies, est un enfant. On n’enferme pas un enfant. Nous sommes dans une situation humainement insupportable », estime pour sa part Elio Di Rupo.

Même son de cloche du côté du cdH : « Nous sommes aux antipodes de nos valeurs. C’est inhumain », explique Maxime Prévot « Objectivement la politique menée ces dernières années était indigne », ajoute-t-il.

Deuxième point abordé dans ce dossier de l’immigration : la situation des demandeurs d’asile et des transmigrants à la gare du Nord et au parc Maximilien. Là aussi, beaucoup de tensions…

Elio Di Rupo : « La situation est indigne, inhumaine, nous devons trouver des solutions rapidement, même si ce sont des transmigrants ! »

« Il y a 75 ans c’étaient les Belges qui fuyaient la guerre, aujourd’hui ce sont ces personnes qui fuient la Syrie », explique Jean-Marc Nollet, « il y a un vrai problème de dignité pour ces gens ».

Olivier Maingain parle, lui, des manquements de l’état : « S’il n’y a pas de Calais bis à Bruxelles c’est grâce aux familles qui ont accueilli des migrants, pas grâce au gouvernement ».

Le cdH est du même avis qu’Ecolo, DéFI et le PS mais il tempère : « Si, au bout du processus, la réponse est non, alors il faut prendre des mesures de retour au pays. Mais il faut des délais plus courts […] Ce n’est pas normal que des familles vivent ici 2 ans, 5 ans, 10 ans, qu’elles se sont intégrées, les enfants vont à l’école et que subitement, on leur demande de partir. Ce n’est pas normal », explique Maxime Prévot.

Charles Michel explique quant à lui qu’il faut avoir une réflexion globale, avec les Nations unies notamment : « Ce n’est pas à l’Europe seule de gérer l’ensemble des réfugiés venant d’Afrique ».

Pour terminer ce grand débat, chacun des présidents a pu s’adresser directement aux citoyens électeurs pendant une minute.