Le flou des pensions

Philippe Walkowiak
Philippe Walkowiak - © RTBF

La réforme des Pensions est mal née. Elle a été bâtie sur une omission voire un mensonge. En 2014, aucun parti n’avait à son programme de porter l’âge de la retraite à 67 ans, ni d’instaurer une pension à points. Quatre partis ont donc menti (par omission, à tout le moins).

L’indispensable réforme

Le gouvernement fédéral a bien entendu eu le courage de prendre le problème à bras-le-corps, après 15 ans d’atermoiements, de courte vue et d’électoralisme. Déjà, sous les gouvernements Verhofstadt, alors que la croissance était au rendez-vous, toutes les familles politiques ont préféré distribuer généreusement les " fruits de la croissance " plutôt que de préparer l’avenir. Les gouvernements précédents ont perdu du temps à sauver les banques ou réformer l’Etat.

En 20 ans, les dépenses de pension ont augmenté deux fois plus vite que le PIB ; elles sont passées de 35 à 45 milliards ces cinq dernières années. Puisqu’elle n’a rien anticipé, la Belgique n’a d’autre choix que d’emprunter, alourdir une dette parmi les plus importantes de l’Union Européenne et reporter la charge sur les générations futures.

L’actuel gouvernement a légitimement décidé d’agir mais en brusquant les choses là où la politique sociale du pays s’est construite depuis la guerre sur la concertation.

L’allongement de la carrière faisait consensus, même au PS. Il n’était pas indispensable de repousser l’âge de la retraite à 67 ans pour établir l’allongement nécessaire des carrières. La concertation n’est pas dans l’ADN de la N-VA. L’objectif est louable, la méthode rédhibitoire.

Les inquiétudes

Le report de l’âge de la retraite et la pension à points ont été imposées. Ce n’est pas tant la pension à points qui est critiquée, que l’incertitude qu’elle génère : impossible de connaître longtemps à l’avance son montant qui pourrait varier selon le gouvernement en place.

Et dès à présent, advienne que pourra. Pour les nombreux travailleurs du baby-boom, c’est désormais l’incertitude… comme finalement pour tous les autres.

La réforme est au milieu du gué et tout laisse à croire qu’elle ne sera pas bouclée avant les prochaines élections. Les négociations sur la pénibilité des métiers, sujet très sensible, n’a même pas encore commencé !

De plus, si d’un côté le patronat appuie l’allongement des carrières, il refuse d’en assumer le coût et à chaque restructuration, se sépare des travailleurs les plus âgés.

La mobilisation de ce 16 mai est aussi de nature à inquiéter CD&V et MR. La grogne risque de se prolonger au-delà de l’été avec l’enlisement de la négociation sur les métiers pénibles et perturber les campagnes électorales.

Le MR ne peut pas se permettre d’aller en campagne en disant aux 100.000 enseignants francophones que bien sûr que l’on reconnaîtra la pénibilité de leur métier, qu’ils pourront partir à 63 ans au lieu de 67 ans, là où la plupart arrête à … 58 ans aujourd’hui !

Le flou peut être aussi salutaire.

 

@PhWalkowiak

 

 

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