Le fantôme encombrant de Léopold II

Philippe Walkowiak
Philippe Walkowiak - © RTBF

Quand 10.000 personnes se rassemblent à Bruxelles, plusieurs milliers à Anvers, Liège, Gand, etc. pour dénoncer le racisme, le débat politique porte uniquement sur l’opportunité de ces rassemblements plutôt que sur le racisme dans la Belgique de 2020. Incapable d’apporter une solution ni simplement d’ouvrir le débat, la classe politique belge offre depuis une semaine un pitoyable spectacle de chamailleries politiciennes.

"L’Histoire, on ne l’efface pas, on l’explique"

Ainsi, notre classe politique est incapable de lutter contre le racisme et quand le débat se pose, elle préfère regarder ailleurs. En 2001, la Belgique avait pris l’engagement d’élaborer un plan d’action national contre le racisme. Depuis, et malgré plusieurs rappels, rien.

Les discriminations à l’embauche, les plaintes pour racisme classées sans suite, les violences policières constituent bien une réalité que beaucoup évitent de voir. Mais ne pas reconnaître ces problèmes, ne pas y apporter de réponses génère des frustrations, des incompréhensions qui expliquent en partie les dégradations d’aujourd’hui. La violence, même contre des statues, n’est pas la solution mais elle révèle une certaine réalité : le racisme de notre société.

Mais effacer toute trace de Léopold II de l’espace public ne rendra pas le citoyen lambda moins raciste.

Royal

Plutôt que de passer des heures de débat sur la manière d’organiser (ou pas) un rassemblement, on pourrait utiliser cette énergie à mettre place un véritable plan de lutte contre le racisme. Ce sera très lent, ce sont des mentalités à changer mais il est plus que temps d’agir, autrement que par des affirmations de façade (sic).

La Belgique entretient régulièrement des rapports complexes avec quelques épisodes de son histoire. Actuellement, les études historiques scientifiques démontrent la violence et la terreur qui a régné sur le Congo, essentiellement quand ce territoire était la propriété privée du roi Léopold II. Le récit officiel des autorités belges fut par la suite tout autre, tentant d’effacer ce qui se passait au Congo avant de laisser le silence prendre place.

Aujourd’hui, l’historiographie scientifique permet de cerner ce que fut la colonisation. L’enseigner largement constitue un premier pas. Mais cela ne suffit pas.

Désormais, la Belgique doit pouvoir écouter les ressentiments qui s’expriment, ce qui n’excuse pas les dégradations ou certaines violences. Le CD&V ou le SP.A souhaitent que la famille royale, héritière à tout point de vue de Léopold II, s’exprime.

Puisse le débat s’ouvrir et la Belgique prendre conscience d’un certain racisme qui la ronge et dans lequel la colonisation a sa part. 111 ans après la mort de Léopold II et à quelques jours du soixantième anniversaire de l’indépendance du Congo, le temps est plus que venu.

 

@PhWalkowiak

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