Le discours de la méthode du professeur Magnette

Philippe Walkowiak
Philippe Walkowiak - © RTBF

C’est le premier constat : Paul Magnette a tout repris à zéro. Cela permet de vérifier que finalement rien n’a bougé depuis les élections du 26 mai. Les missions Reynders-Vande Lanotte et Demotte-Bourgeois n’ont servi à rien, sauf à sauver les apparences d’un état défaillant. En la matière, ce n’est pas rien.

A l’inverse de ses prédécesseurs, le nouvel informateur joue la carte de la transparence. Cela ne représente pas un gage de réussite mais au moins, s’il échouait, cela permettrait de mieux cerner cet échec, au demeurant toujours très prégnant.

Changement de paradigme

Les deux premiers tandems ont, semble-t-il, tenté de rapprocher des partis afin de voir ce qui était réalisable. Paul Magnette partira plutôt de ce qu’il y a lieu de mettre en œuvre et compter ensuite ceux qui y souscrivent.

L’air de rien, il engrange déjà un premier accord : les thématiques sur lesquelles il convient de s’entendre. Sans surprise, s’y retrouve ce qui articulait les programmes électoraux des uns et des autres : emploi, climat, Justice, migration et pauvreté. Chacun souscrit à ce découpage. Un premier pas. Mais le chemin vers un gouvernement fédéral nouveau reste long. Paul Magnette le répète : il n’est qu’informateur, sa mission pourrait se prolonger, ce n’est donc qu’ensuite que l’on pourra parler " formation ".

Familles

Politologue, le professeur Magnette connaît ses classiques. Il repart des familles politiques : socialistes, libéraux, écologistes et du côté la vieille famille " historiquement catholique ", on ne parle pas d’une seule voix mais le CD & V se cherche un(e) président(e) et le cdH, élément neuf, ne ferme plus la porte. DéFI porte une marque d’intérêt et puisque PTB et Vlaams Belang restent hors-jeu, cela isole quelque peu la N-VA, premier parti malgré tout.

Pour amadouer les nationalistes, le président du PS garde ouverte l’option de potentielles réformes institutionnelles. Les compétences devront être gérées là où cela apparaîtra le plus pertinent de le faire.

L’urgence budgétaire et le trou laissé par l’équipe sortante seront portés directement auprès de la Commission Européenne, où Paul Magnette dispose de ses entrées.

A ce stade, aucun problème n’a été résolu. Le débat et la discussion se poursuivent. La mission de l’informateur reste de s’assurer que des points de vue peuvent être rapprochés.

Dans cette aventure, Paul Magnette n’a de toute façon que peu de choses à perdre. Soit il échoue mais aura démontré sa bonne volonté, son énergie orientée " solution " et aura beau jeu de pointer les blocages. Soit il réussit (ce qui reste très improbable) et là risque de se poser un étrange dilemme : qui pour poursuivre la formation du gouvernement, à part Paul Magnette lui-même ? Qui pour diriger ensuite ce gouvernement aussi miraculeux qu’inespéré ? Les socialistes aiment répéter qu’ils représentent la première famille de la Chambre. Mais là, on entre déjà dans le champ de l’inconnu, de l’indicible et de l’impensable… comme voir la N-VA dans un gouvernement dirigé par un socialiste !

@PhWalkowiak

 

Journal télévisé 11/11/2019

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