Le commissaire n'est pas raciste. Mais...

Bertrand Henne
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Une affaire de racisme au sein de la police. Ce n’est jamais bon pour l’image de la police et de la ville où cela se passe. Or cela se passe à Malines, c’est la ville de Bart Somers, ancien président du VLD, un temps désigné meilleur bourgmestre du monde. Malines assez souvent désignée en Flandre, comme d’ailleurs partout en Belgique, comme étant un modèle en matière d’aménagement urbain, de politique culturelle, de politique de la jeunesse ou de politique en matière de diversité. Ce dernier point, la gestion de la diversité est une des fiertés de Bart Somers qui a d’ailleurs eu droit à quelques articles dans la presse internationale. Malines, ville modèle de la lutte contre la radicalisation. Or, c’est justement là, à Malines donc, qu’une affaire de racisme au sein de la police défraie la chronique.

Un commissaire qui se lâche sur WhatsApp

En résumé, l’inspecteur en chef de la police avait fait circuler sur WhatsApp un photomontage. On y voyait sa collègue, commissaire en charge de la diversité, avec cette phrase : "Pourquoi devrais-je te donner la main? Ta couleur ne me revient pas".

La photo avait finalement circulé au sein de la police, puis à Malines, puis dans la presse et toute la Flandre l’a vue. Il y a ceux qui y ont vu la preuve que, derrière le vernis, Malines n’est pas aussi modèle que ce qu’elle prétend. Il y a ceux qui estiment qu’il y a une blague de mauvais goût, une erreur, mais pas de racisme en tant que tel.

Le Bourgmestre a ordonné une enquête disciplinaire, il a suspendu le commissaire en chef. Lui s’est toujours défendu en disant qu’il a voulu faire une blague. La justice s’est emparée de l’affaire et elle vient de trancher. Le commissaire est acquitté et le raisonnement de la juge vaut qu’on s’y arrête car il démontre comment fonctionne la loi sur l’incitation à la haine.

Un message raciste

Oui dit la juge, sans aucun doute possible, le message est raciste. Elle s’inquiète d’ailleurs qu’il ait été diffusé au sein de la police. Elle dit aussi soutenir la suspension prononcée par le bourgmestre qui doit protéger la réputation de sa ville.

Mais, mais, mais il n’est pas possible de démontrer que le commissaire ait eu l’intention d’inciter à la haine. En effet, il a peut être vraiment voulu faire une blague, sans se rendre compte du caractère haineux de son message. Au fond, la juge a rappelé ce principe simple en matière d’incitation à la haine. Un fait ne peut être punissable en raison de sa seule matérialité, l’infraction n’existe que si l’intention est établie par le parquet. Ce qui n’a pas été le cas ici.

Le commissaire est donc acquitté, ses nombreux collègues venus le soutenir sont soulagés. Mais l’affaire n’est pas terminée. Il peut y avoir appel et puis surtout Bart Somers va-t-il prendre le risque de réintégrer sans sanction un homme qui fait circuler une "blague" jugée objectivement raciste, sans intention raciste, juste pour rire donc, quelques mois avant les élections ?

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