Le charme discret de la particratie

Philippe Walkowiak
Philippe Walkowiak - © RTBF

Ce jour marque l’un des apogées du pouvoir des présidents de parti : désigner des ministres et décevoir beaucoup de prétendants. C’est le jour où beaucoup de mandataires veillent surtout à bien charger leur téléphone et sursautent à la moindre sonnerie.

La Belgique s’est ainsi constituée et muée de démocratie parlementaire à particratie, que vient éclairer une récence parution du CRISP : Aux sources de la particratie de Frederik Verleden.

Prince

L’étude en arrive à conclure que la cohésion particratique belge est pratiquement la plus forte d’Europe occidentale. Le président en est le maître d’œuvre. Le citoyen vote mais n’a finalement que peu d’influence sur l’identité de ses futurs dirigeants.

Dans les entités fédérées, ce sont même les députés (représentation du corps électoral) qui élisent les ministres. Dans la pratique, au vu de la discipline de parti qui s’impose à eux, ils ne font qu’avaliser le choix de leur président.

Toutefois, le choix des ministres ne répond pas à la seule logique du "fait du Prince" ; un président de parti demeure aussi garant de la stabilité et de la pérennité de sa formation.

Équation

Chaque parti dispose de sa logique. Chez Ecolo, les cadres restent marqués par les affres de la toute première participation gouvernementale de 1999 quand les militants ont refusé que leur parti entre dans l’exécutif bruxellois et évincé leur "leader" Jacky Morael d’un poste ministériel. Depuis l’organisation générale a été revue mais une assemblée générale chez les Verts reste une épreuve pour les coprésidents alors qu’au MR et au PS, cela reste une formalité même s’il faut s’attendre en coulisses à des grincements de dents chez les déçus du jour.

De plus, désormais, il faut impérativement un tiers de femmes au sein des exécutifs. Dans le contexte actuel, ne pas tendre vers la parité, comme au sein de la Commission Européenne, fera apparaître Elio Di Rupo, Charles Michel ou Jean-Marc Nollet comme des machistes rétrogrades.

Chacun doit aussi tenir compte des susceptibilités internes.

En 2014, on avait gonflé artificiellement le nombre de ministres communautaires, histoire de recaser notamment les nombreux cabinettards exclus du fédéral. Y aura-t-il encore autant de ministres différents ou comme en 2009, multipliera-t-on les " doubles casquettes " ?

Au PS, l’équilibre entre Hainaut et Liège demeure un casse-tête d’autant que la formation du fédéral reste en rade. Le MR garde des excellences au fédéral et va devoir compenser sous peu les départs de Charles Michel et Didier Reynders, ce qui permettra d’en contenter d’autres.

Ce soir, il y aura des heureux, beaucoup d’aigris et des présidents de parti confortés dans leur rôle tout-puissant.

 

@PhWalkowiak

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