Michel Legrand, compositeur aux 3 Oscars, est décédé à l'âge de 86 ans

« Compositeur de génie », « géant de la musique » : le Français Michel Legrand, trois fois oscarisé et célèbre créateur des thèmes des films « Les Parapluies de Cherbourg » et « Les Demoiselles de Rochefort », est décédé dans la nuit à Paris à l’âge de 86 ans.

Celui dont la carrière de plus de 50 ans lui a valu une renommée internationale « s’est éteint chez lui à 3h du matin aux côtés de son épouse la comédienne Macha Méril », a indiqué son attaché de presse à l’AFP. Musicien touche-à-tout, il a travaillé avec les plus grands, de Ray Charles à Orson Welles, en passant par Jean Cocteau, Frank Sinatra, Charles Trenet et Édith Piaf.

En plus de trois Oscars, il a empoché cinq Grammys et composé pour des orchestres, pour le jazz ou encore le cinéma grâce à une énergie intarissable. « Je pouvais passer trois nuits d’affilée à écrire, sans aucune difficulté », disait-il dans son autobiographie en 2013.


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« Musicien-magicien »

Dans un communiqué, Emmanuel Macron, a salué samedi la mémoire d’un « inépuisable génie ». « Ses airs inimitables qui nous trottent dans la tête et se fredonnent dans la rue sont devenus comme les bandes originales de nos vies », a estimé le président français.

Les réactions se sont multipliées depuis l’annonce du décès, en particulier dans le monde de la culture. Le ministre de la Culture Franck Riester a salué un « compositeur de génie » à l'« inépuisable talent » et Jack Lang, l’un de ses prédécesseurs, a salué un « musicien-magicien aux mille et une partitions » qui « restera éternellement un Grand ».

Touchée « en plein cœur », Agnès Varda a salué « l’aventure artistique unique » partagée entre le compositeur et son mari Jacques Demy, pour qui il a composé la musique inoubliable des « Parapluies de Cherbourg » (1964) et des « Demoiselles de Rochefort » (1967).

D’abord accompagnateur et arrangeur pour des chanteurs, Michel Legrand avait commencé à composer des musiques de films dans les années 60 avec l’émergence de la Nouvelle vague, travaillant pour Agnès Varda, Jean-Luc Godard, et surtout son complice préféré, le cinéaste français Jacques Demy.

Avec ces « plus belles partitions du cinéma français », c’est « la comédie musicale à la française qui est née », a rappelé Frédérique Bredin, présidente du Centre national du cinéma (CNC).

Outre les musiques des films « Les Parapluies de Cherbourg » et « Les Demoiselles de Rochefort », on lui doit aussi celle de « Peau d’âne », également un chef-d’œuvre de Demy. « Ses notes ont inventé, pour toujours, un véritable langage musical aux côtés des images », ajoute l’institution dans un communiqué.

« Immortel »

Le compositeur devait aussi donner deux concerts au Grand Rex, à Paris, en avril, en compagnie de ses amis l’accordéoniste Richard Galliano, la soprano Natalie Dessay, le compositeur Michel Portal et le guitariste Sylvain Luc. « Pour moi, il est immortel, de par sa musique et sa personnalité », a réagi auprès de l’AFP le compositeur et chef d’orchestre français Vladimir Cosma.

En pleine gloire, il avait décidé de s’installer aux Etats-Unis en 1966. « C’est un vrai risque de quitter la France, en débarquant à Hollywood sans véritable engagement », écrivait-il dans son autobiographie, qualifiant ce pas de « partie de roulette russe ».

Confronté au « système hollywoodien », il se souvient : « On me demande : 'Avec quel orchestrateur voulez-vous travailler ?' Quand je réponds que j’orchestre moi-même, on me regarde comme si je débarquais d’une autre galaxie. »

C’est Henry Mancini, grand compositeur pour le cinéma, qui lui ouvre les portes d’Hollywood et lui donne l’opportunité d’écrire la musique de « L’affaire Thomas Crown ».

Un pari gagnant : Michel Legrand avait obtenu trois Oscars, pour la chanson « Les moulins de mon cœur », tirée de la musique de « L’affaire Thomas Crown » en 1969, puis pour « Un été 42 » (1972) et « Yentl » (1984). « Comme certains dieux hindous, Michel est un être multiforme. On a l’impression qu’aucune discipline musicale ne lui résiste », écrivait le compositeur Stéphane Lerouge en avant-propos de l’autobiographie de Legrand. « Le jour où l’on fera le point sur son apport à la musique, ajoutait-il, on découvrira un créateur que la France a peut-être sous-estimé. »
 

Michel Legrand répond aux questions de la RTBF en 2016

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