Le banco de Charles Michel

Philippe Walkowiak
Philippe Walkowiak - © RTBF

Ainsi pour la première fois dans l’histoire récente de la Belgique politique, un même homme va présider un parti et à la fois diriger un gouvernement qui bien qu’en affaires courantes prend encore régulièrement des décisions (il a encore tenu une conférence de presse vendredi dernier à l’issue du conseil des ministres). Inédit, formellement potentiellement gênant mais cela marque aussi la fin d’une hypocrisie dans la démocratie particratique qu’est la Belgique.

Particratie

Dans le système belge, ce sont les partis qui décident, les parlements qui entérinent et les gouvernements qui mettent en œuvre. Après avoir connu dans les années 70, des gouvernements sous la tutelle des " belles-mères " (les présidents de parti), la Belgique a vu ensuite les hommes forts des partis siéger au sein du gouvernement. Avec toutefois une dernière exception notoire : Bart De Wever, président du principal parti de la défunte coalition. On a pu mesurer l’effet perturbateur de la situation.

Comme Jean-Luc Dehaene, Guy Verhofstadt, Yves Leterme ou Elio Di Rupo, Charles Michel a gardé le contrôle de son parti tout en occupant le 16. Avant Olivier Chastel, les Marc Van Peel (CVP), Bart Somers (VLD) ou Thierry Giet (PS) n’ont pas non plus influé grandement.

Mais ces références au passé omettent sans doute un aspect : ce qui était toléré hier l’est-il encore aujourd’hui ? Ainsi, les ministres-bourgmestres ont souvent été sanctionnés lors du dernier scrutin communal.

Si la situation est désormais très claire, elle n’est pas moins porteuse de dangers politiques.

Quitte ou double

Avec Didier Reynders en partance (?) pour le Conseil de l’Europe ou Olivier Chastel en pré-retraite vers le Parlement Européen, Charles Michel se retrouve assez seul pour à la fois incarner le bilan d’une coalition inédite et incarner l’avenir. Le MR a reconduit (presque) toutes ses têtes de liste de 2014.

Pour Charles Michel, la campagne risque de tourner à un " stop " ou " encore " envers sa personne, bien plus qu’envers son parti. En 2014, il a pris le risque de mettre sur pied un gouvernement qui ne représentait que moins d’un quart des électeurs francophones et cela risque de peser sur sa campagne. Peut-il dire qu’il referait la même chose aux électeurs wallons et bruxellois de 2019 ?

Confronté à de mauvais sondages ( 3ème parti à Bruxelles, sous les 20% en Wallonie où Charles Michel est distancé dans les enquêtes de popularité ), le Premier Ministre/président a décidé d’incarner la campagne de son parti. Cela a au moins le mérite de la clarté même si cela tord le bras des institutions.

Le 26 mai, ce sera donc la victoire ou la défaite de Charles Michel avant celle du MR.

@PhWalkowiak

 

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