"Lady Bird", waouh, quel bijou! "Gaston Lagaffe", m'enfin! Quel navet!

Saoirse Ronan dans "Lady Bird"
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Saoirse Ronan dans "Lady Bird" - © DR

Cette semaine, dans les sorties cinéma, le meilleur côtoie le pire. Le meilleur, c’est "Lady Bird", Golden Globe de la meilleure comédie signée Greta Gerwig. Le pire, c’est "Gaston Lagaffe", sans doute la pire adaptation d’une bande dessinée belge jamais réalisée.

Lady Bird

Christine a dix-sept ans, elle termine ses études secondaires dans une école catholique pour jeunes filles. Elle habite dans la banlieue de Sacramento, se dispute régulièrement avec sa mère, infirmière qui peine à joindre les deux bouts depuis que son mari a perdu son boulot… Christine s’est inventé un nouveau nom, "Lady Bird", et rêve d’un avenir meilleur : s’inscrire dans une université cotée de la côte Est, à New York de préférence. Sa mère estime qu’elle a des rêves trop grands pour elle, qu’elle devrait rabaisser ses prétentions… Mais Christine ne l’entend pas de cette oreille, et envoie en cachette des lettres de motivation à différents établissements prestigieux.

Le portrait d’une adolescente rebelle est, a priori, un thème usé jusqu’à la corde au cinéma. Greta Gerwig, compagne et actrice de Noah Baumbach, réussit la prouesse de le renouveler avec un talent fou dans "Lady Bird", son premier film derrière la caméra. Plus que de développer une intrigue, "Lady Bird" est une collection de moments, d’instantanés sur une jeune fille à la croisée des chemins. Et chacun de ces moments est décrit avec une justesse et une acuité d’observation inouïes. Dans "Lady Bird", tous les personnages –même ceux qui n’ont que quelques scènes – sont justes, drôles, émouvants… Et que dire de l’héroïne elle-même, sinon qu’elle est campée avec un talent fou par Saoirse Ronan, jeune actrice qui, depuis sa plus tendre enfance, enchaîne les films marquants comme "Atonement" ou plus récemment, le merveilleux "Brooklyn" (Ronan a remporté le Golden Globe de la meilleure actrice dans une comédie grâce à "Lady Bird").

Avec un sens aigu de l’ellipse, Greta Gerwig enchaîne des scènes brèves qui, toutes, se révèlent signifiantes et essentielles pour construire un portrait riche et nuancé de ce personnage et de son monde. En ce sens, la réalisatrice a réussi avec "Lady Bird" un film parfait, avec des êtres de fiction si touchants qu’ils accompagnent longtemps le spectateur, bien après le générique de fin…

Gaston Lagaffe

Il y a bien longtemps, en 1981, Paul Boujenah avait essayé d’adapter les gags de Gaston au cinéma avec un acteur en chair et en os (Roger Mirmont). L’entreprise, intitulée "Fais gaffe à la gaffe", s’était soldée par un bide critique et public. En réalité, ce projet est voué à l’échec. Pourquoi ? Parce que la majorité des gags de Gaston Lagaffe doivent leur saveur au dessin de Franquin. Faites le test, imaginez les colères de Mr De Mesmaeker ou les bévues du chat de Gaston croquées par un dessinateur moins doué, et immédiatement, l’effet comique de l’image s’évanouit. Dès lors, vouloir adapter cet univers graphique avec des acteurs en chair et en os, c’est perdre, avant même le premier "clap" du tournage, la majeure partie de la magie de Franquin.

Le réalisateur de cette nouvelle adaptation, Pierre-François Martin-Laval, alias Pef, ne semble pas avoir pris la mesure de ce premier problème, et s’est lancé tête baissée dans une adaptation "actualisée" de cette œuvre mythique. Gaston n’est donc plus employé de bureau au Journal de Spirou, il bosse dans une start-up, "Le Petit Coin" qui vend des objets farfelus par Internet. Admettons… C’est une mauvaise idée, mais ce n’est pas la pire.

L’erreur funeste de Pef – qui s’est octroyé par ailleurs le rôle de Prunelle – est commise dans sa direction d’acteurs. Comme il adapte une bande dessinée dite "de gags", il a enjoint à ses acteurs de jouer "humoristique" : c’est-à-dire d’adopter des poses caricaturales, de surjouer les émotions, de donner dans l’"hénaurme". Et c’est insupportable. Paradoxalement, on se dit que dans les albums de "Gaston Lagaffe", tous les personnages dessinés/mis en scène par Franquin jouent bien mieux : ils sont convaincants, ils nous font rire et nous émeuvent, même si ce sont que des créatures de papier. Alors que dans le film "Gaston Lagaffe", les acteurs en chair et en os qui singent Gaston, Moiselle Jeanne ou l’agent Longtarin nous semblent moins réels que dans les albums : ce sont des histrions mal attifés qui gesticulent en pure perte sans nous arracher le moindre sourire…

Il n’y a rien à sauver dans ce film : beaucoup de trouvailles visuelles de Franquin ont été transposées (le hamac de Gaston, sa vieille voiture), mais aucune ne fonctionne ; toute la poésie s’est évaporée. L’image est laide, le montage est poussif, les effets spéciaux sont cheap. Pef a réussi une contre-performance historique : son film est un des plus atroces ratages dans une liste noire pourtant déjà longue d’adaptations de classiques de la BD franco-belge. Il se serait attaqué à un "Lucky Luke", il ne mériterait qu’un seul traitement : du goudron et des plumes.

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