La Wallonie face à Mao, sauce lapin

Philippe Walkowiak
Philippe Walkowiak - © RTBF

Les discussions (on ne peut même pas parler de négociations) entre le PS et le PTB tournent donc court. C’était écrit.

Même s’il s’en défend encore, le PS se retrouve à devoir composer avec son principal adversaire, le MR.

Mao

Jusqu’en 2008, le PTB, parti fondé en 1979 (et donc plus ancien qu’ECOLO), est resté fidèle à ses origines maoïstes, défendant un marxisme-léninisme pur et dur, dénonçant même dans sa doxa le révisionnisme entamé en URSS après Staline (sic) et prenant pour modèle la Chine de Mao. Son président-fondateur Ludo Martens d’alors était l’auteur d’ Un autre regard sur Staline (1994) et passe pour être un des derniers occidentaux à avoir rencontré le dictateur nord-coréen Kim-Il-Sung.

Jusque-là, le parti ne dépasse pas le demi pourcent d’électeurs.

Dans ce qu’il appelle son " congrès du renouveau " en 2008, le PTB revoit sa stratégie, faute de renier clairement ses origines. Les références restent " anticapitalistes " mais désormais le parti veille à agréger les mécontentements populaires, des luttes syndicales aux problèmes plus locaux (prix des sacs poubelles à Charleroi, du parking à Herstal, etc.). C’est la théorie défendue par la philosophe belge Chantal Mouffe d’une certaine radicalité des revendications.

Le discours du PTB change mais pas véritablement ses dirigeants. Le compromis ou la négociation ne font pas partie de leur vocabulaire; un parti qui a fondé sa popularité sur la dénonciations des compromis ne peut accepter d'en faire.

Piéger le PS

Le principal rival du PTB n’est pas le MR. Il a d’ailleurs toujours été dans la tradition communiste belge de s’opposer aux sociaux-démocrates du POB puis du PS, présentés comme des " traîtres " à la cause ouvrière, prêts à tous les compromis avec le " Capital ". L’argumentaire n’a guère varié ces derniers jours. Le PTB exige une " rupture ", quitte à enfreindre les traités européens, aggraver l’endettement, etc. Le PTB n’a jamais imaginé entrer dans une majorité mais il aura attiré le PS sur son terrain. Au point que les socialistes ont bricolé dans la hâte l’idée d’un gouvernement minoritaire, soutenu de l’extérieur… exactement ce qu’ils reprochaient à Charles Michel de vouloir faire en décembre et à Willy Borsus en mars. La Wallonie n’est pas le Portugal et le PTB ne dispose pas de la légitimité, de l’histoire et de l’expérience du Parti Communiste Portugais (qui n’a jamais été maoïste).

ECOLO n’est pas logé à meilleure enseigne, faisant à peine mieux que le PTB en Wallonie et se trouvant même largué par les marxistes dans les gros bastions hennuyers et liégeois.

Le marxisme édulcoré (?) du PTB a désormais place en Wallonie, crédibilisé notamment par la FGTB et une certaine intelligentsia de gauche. Il pousse également à terme, le PS à devoir composer avec le MR, ce dont rêve le PTB qui se voit déjà protester, manifester (ce qui est sa véritable nature) pendant 5 ans contre cette " alliance contre-nature " (© Laurette Onkelinx) et surtout espérer en engranger des dividendes électoraux au détriment du PS et d’ECOLO.

@PhWalkowiak

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