La VRT donne la parole aux enfants d'anciens collabos flamands

Joyce Azar
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Dans sa chronique "Vu de Flandre", ce mercredi matin sur La Première, la journaliste de la VRT Joyce Azar, a évoqué une nouvelle série de documentaires dont le sujet va certainement faire débat puisqu’il est consacré aux enfants de la collaboration.

Le premier des six épisodes a été diffusé mardi soir sur Canvas. Comme son nom l’indique, "Kinderen van de collaboratie" propose, sans tabou, le témoignage de 14 personnes, fils ou filles d’anciens collaborateurs du régime nazi en Flandre. Le sujet est extrêmement délicat, mais il a le mérite de donner pour la toute première fois la parole à quelques-uns des enfants de la collaboration, dont le nombre est estimé à 300.000 dans notre pays. Parmi eux, on retrouve notamment des acteurs, un ancien ambassadeur belge ou encore le fils de Reimond Tollenaere, qui était considéré à l’époque comme le Goebbels flamand.

Tous nous racontent comment le choix de leurs parents a influencé et façonné leur vie. Le reportage évoque tour à tour la collaboration au régime nazi, la période de répression qui a suivi la libération, la difficulté des proches d’anciens collabos à se réintégrer dans la société, et, plus tard, l’engagement de certains dans des mouvements flamingants.

Un sujet périlleux

Etant donné la sensibilité du sujet, la série a été réalisée avec rigueur, sous le contrôle de l’historien Koen Aerts de l’Université de Gand, qui est d’ailleurs à l’initiative de ce projet. En donnant la parole aux enfants de la collaboration, la VRT donne la parole à des gens qui ont subi les conséquences d’être nés dans une "zwarte familie", une famille noire. Certains ont vu leur maison saccagée, d’autres ont grandi dans un orphelinat pendant que leurs parents purgeaient leur peine, ou ont assisté à l’exécution de leur proche. Des événements marquants qui ont clairement eu un impact sur ce qu’ils sont devenus. Certains sont restés fidèles à la cause flamande, d’autres ont totalement tourné le dos aux idéologies de leurs parents. Tous semblent en tous cas ressentir de la gêne dans le dernier épisode, lorsqu’ils sont confrontés à l’Holocauste, et au sentiment de culpabilité.

Le sujet semble être une nécessité en Flandre puisque il prend de l’ampleur depuis quelques temps. Il y a quelques semaines encore, le ministre-président flamand Geert Bourgeois s’est confié à radio Klara au sujet du passé de collaborateur de son père. Dans les journaux, les articles de fond se multiplient. Et c’est tout bénéfice puisque l’objectif est justement de susciter le débat public.

Après certains épisodes, Canvas organisera d’ailleurs des séances de Facebook Live pour répondre aux questions des téléspectateurs. A une époque où la radicalisation et la polarisation refont surface, les réalisateurs veulent pousser les citoyens à tirer des leçons du passé. Au Nord comme au Sud du pays. Le journaliste de la VRT Geert Clerbout espère d’ailleurs que la RTBF reprendra la série, ou qu’un documentaire similaire sera réalisé côté francophone.

En attendant, pour ceux qui comprennent le néerlandais, "Kinderen van de collaboratie" est à suivre tous les mardis soirs jusque fin décembre. Une suite est d’ores et déjà prévue. Elle sera cette fois consacrée aux enfants de la résistance.

Revoyez ci-dessous le Facebook Live de la chaîne Canvas à propos du premier numéro de "Kinderen van de collaboratie"

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