La sérénité de De Croo... Pour l’instant

Fin juin, l’heure des bulletins. Dans le dernier "Grand Oral", le Premier ministre était à l’heure des bilans. De son premier bilan, de sa première année scolaire, lui installé seulement depuis le 1er octobre dernier mais au gouvernement fédéral depuis octobre 2012.

Le Premier qu’on n’attendait pas

Son arrivée au 16 tient du miracle ou plutôt du concours de circonstances. Dans notre terre de compromis, jamais le chef de gouvernement ne s’était trouvé issu du cinquième parti de la coalition, le septième en ordre d’importance à la Chambre !

De plus, à désormais 45 ans, Alexander De Croo s’est retrouvé à gérer la plus grave crise de l’après-guerre avec la majorité la plus hétéroclite jamais vue sous nos latitudes (7 partis). Ce qui lui fait dire : "Quand j’ai commencé à faire de la politique, je n’aurais jamais pensé que j’allais devoir prendre des décisions pareilles : vous dire combien de personnes vous pouvez recevoir chez vous, comment vous devez vous organiser à la maison… Mais je pense que dans des moments inédits, ce qu’on attend d’un Premier ministre, c’est de protéger la population et cela peu importe sa couleur politique".

Et c’est finalement, ce qui ressort de la gestion "à la De Croo" : sérénité et consensualité, ce qui lui assure une belle place dans les récents sondages de popularité. Mais peut-être qu’en définitive, politiquement, la crise sanitaire ne constituera pas la pire difficulté de son passage au "16".

Et maintenant, les choses sérieuses

Après un Charles Michel souvent dans l’affrontement, dans une logique "seul contre tous", un Elio Di Rupo qui se la jouait "père de la Nation", un Yves Leterme brouillon et gaffeur, un Herman Van Rompuy dans une tour d’ivoire, un Guy Verhofstadt volontariste et obstiné, la Belgique se trouve avec un Premier qui essaye d’installer un "esprit d’équipe", mais dispose-t-il d’une équipe ?

Alexander De Croo vient de surmonter la "crise du voile" au sein de sa coalition. Mais d’autres écueils s’avancent. Le sort actuel des sans-papiers en grève de la faim crispe son aile gauche, même si l’accord de gouvernement (signé par cette aile gauche) demeure intransigeant sur la question, dans le droit fil des années De Block – Francken. Son aile droite se tend sur la suppression du "zéro coti" pour les indépendants, système pourtant bel et bien mis en sursis par le susdit accord.

Mais surtout, la rentrée s’annonce torride. Fin du nucléaire, pensions et aménagement des fins de carrière, réforme de l’état, mesures climat, et autres vont créer des tensions entre les tenants d’une coalition qui reste bancale dont le seul sauf-conduit reste la peur d’élections qui consacreraient plus encore Vlaams Belang et PTB.

La crise sanitaire a en quelque sorte confiné les tensions inhérentes à une coalition antinomique. La sérénité affichée par le Premier Ministre va être mise à rude épreuve.

@PhWalkowiak

 

Le Grand oral du 26/06/2021: Invité Alexander De Croo

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