La résistance flamande, une histoire quasi oubliée au nord du pays

"Kinderen van het Verzet" est une série documentaire diffusée sur Canvas (VRT) qui donne pour la première fois la parole aux enfants de résistants flamands. Le reportage en 6 épisodes vient rappeler un passé particulièrement peu connu du public flamand. 

"Kinderen van het Verzet" (Les Enfants de la Résistance), est en fait la suite de la série documentaire "Les Enfants de la collaboration", qui était consacré aux enfants des collaborateurs flamands sous l’occupation.

Cette fois, le réalisateur Geert Clerbout s’est intéressé aux enfants de résistants. On a tendance à l’oublier, mais au nord du pays, environ 50.000 citoyens ont lutté contre l’occupant nazi. Leurs enfants ont pour la première fois eu l’opportunité de raconter leur expérience. Certains ont vécu sous l’occupation, d’autres sont nés par la suite, mais tous ont été affectés d’une manière ou d’une autre par les actions de leurs parents, des parents qui ne sont parfois jamais revenus des camps de détention allemands. 

Construction d’image

Le fait peut paraître étonnant, mais ces personnes n’ont jusqu’ici quasiment jamais été entendues. Il faut dire que la résistance n’a pas du tout la même image en Flandre qu’en Belgique francophone. Ce chapitre de l’histoire y est en fait très peu connu. Au nord du pays, il n’y a d’ailleurs aucun ouvrage historique standard sur le sujet. Il subsiste par ailleurs énormément de mythes et de clichés.

Les résistants qui ne sont pas morts durant l’occupation sont par exemple souvent perçus comme ayant rejoint la résistance qu’après le départ de l’occupant allemand. Il faut dire que contrairement aux collaborateurs qui s’affichaient ouvertement durant la guerre, les résistants n’étaient pas facilement identifiables. Ils ne portaient pas d’uniformes, et agissaient clandestinement. Il existe par ailleurs très peu de photos de résistants flamands. Les seuls clichés qui ont circulé après 45 sont ceux de personnes armées, participant à la répression des collaborateurs.


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Très vite dans les années qui ont suivi, la culpabilité a ainsi été carrément inversée: grâce à une propagande flamingante bien ficelée, les résistants sont devenus les bourreaux, et les collaborateurs les victimes. De nombreuses caricatures diffusées au sein de la population ont également contribué à décrédibiliser la résistance et à l’assimiler au banditisme, à la criminalité ou à la Gestapo. 

Pluralisme politique

Le pluralisme politique des résistants a également joué en leur défaveur. Contrairement aux collaborateurs, les résistants provenaient de groupes idéologiques très divers, allant des communistes aux libéraux, en passant par les royalistes. Au lendemain de la guerre, ils ne sont ainsi pas parvenus à parler d’une seule voix, alors que les anciens collaborateurs se sont, eux, unis derrière leur haine envers une Belgique jugée trop répressive.

Les communistes, qui étaient majoritaires au sein de la résistance, ont par ailleurs souffert de l’image négative de leur mouvement durant la guerre froide.

Parallèlement, durant ces mêmes années, le parti chrétien flamand a cherché à séduire les anciens collabos, par opportunisme électoral. Pour rallier les "moutons perdus" au "troupeau catholique", il s’est montré plus clément face aux crimes commis et a misé sur le respect de la mémoire des collaborateurs, allant jusqu’à leur consacrer certains noms de rues. 

Impact sur la société

A Courtrai, suite à la diffusion du documentaire, la fameuse rue Cyriel Verschaeve, du nom d’un prêtre écrivain pro-nazi, va finalement hériter d’une autre appellation. Globalement, beaucoup de citoyens ont véritablement découvert l’histoire de la résistance flamande.

L’une de ses grandes figures est Marcel Louette, qui a fondé les Brigades blanches. On citera aussi les femmes Hélène Mallebrancke, Martha Anthonis ou Stéphanie De Moor. Ces personnes demeurent aujourd’hui encore dans l’ombre, de par leur absence dans l’espace public, mais aussi dans le milieu académique et audiovisuel. En Flandre, un seul film a été consacré à la résistance flamande: Gaston’s War, réalisé à la fin des années 90. 

L’importance de la mémoire

Dans le dernier épisode de "Kinderen van het Verzet", plusieurs historiens apportent leur éclairage sur le sujet et tirent certaines conclusions.

Selon eux, la résistance flamande a gagné la guerre, mais perdu le combat pour la mémoire. Aujourd’hui encore, les mythes ont la peau dure. Ils estiment ainsi que la mémoire collective des Flamands a un sérieux rattrapage à faire au sujet des citoyens qui nous ont permis d’aboutir à la démocratie dans laquelle on vit. Une démocratie aujourd’hui fragilisée par l’arrivée au pouvoir de leaders autoritaires.

Connaître l’histoire c’est aussi pouvoir s’en inspirer. L’historien Bruno De Wever rappelle d’ailleurs que la résistance est parfois l’unique bonne attitude à adopter. 

La série documentaire "Kinderen van het Verzet" est à voir en intégralité sur le site de VRT NU 

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