La piste cyclable de la discorde

La création d’une piste cyclable au détriment d’une bande de circulation rue de la loi, fait beaucoup de bruit. La rue de la loi c’est un symbole. Et un symbole qui révèle un débat toujours aussi passionné, entre gauche et droite, mais aussi entre nord et sud.

Cette piste cyclable, provisoire, a été créée en pleine nuit pour répondre aux besoins de distanciation sociale dans les transports dit le gouvernement Bruxellois. Mais le coronavirus est surtout un prétexte, un pied de Biche pour forcer une politique favorable a la mobilité douce. Cette piste cyclable rue de la loi, même provisoire, est déjà devenue le marqueur politique du gouvernement Bruxellois PS-ECOLO-DEFI-GROEn-VLD-Spa. Le marquage au sol, rouge vif, est une marque de fabrique pour la majorité, et pour Ecolo-Groen en particulier.

Réactions libérales

Comme pour le piétonnier, le débat fait rage. Avec des réactions assez vives de la part d’automobilistes, surtout navetteurs et de la part du principal parti d’opposition le MR. Le président du MR, Georges Louis Bouchez, a accusé la ministre de la mobilité de "dogmatisme", et le gouvernement "d’être les fossoyeurs de Bruxelles”.

Dogmatisme, idéologie, deux mots qui reviennent très souvent dans les critiques des élus libéraux qui jugent que faute d’alternative crédible, Bruxelles met surtout en œuvre une politique anti-voiture. Le même type de débat à lieu à Paris ou une politique de mobilité assez similaire est menée. Mais ce clivage gauche droite sur la mobilité, est aussi doublé d’un clivage communautaire.

Réactions nationalistes

Côté flamand les nationalistes se sont lancés dans un déluge de critiques. “La Flandre en mouvement vous remercie pour les embouteillages” dit par exemple la sénatrice N-VA Annick De Ridder.

Mais c’est comme souvent de Theo Francken que sont venus les Skuds. Dans plusieurs tweets il dit :

Bruxelles aime de moins en moins ses navetteurs, alors tirons-en les conclusions. L’écart entre Bruxelles et la Flandre ne cesse de grandir. Tôt ou tard, cela entraînera une cassure. Bruxelles pourra alors atteindre son objectif multiculturel moralement supérieur, devenir une ville rêvée sans trop de Flamands à l’esprit étroit qui retourneront dans leur village.

Et Théo Francken continue en disant, qu’il faut arrêter de payer pour Bruxelles. Oui cette piste cyclable est aussi anti-flamande pour la N-VA. Peu importe que ce type de politique pro-vélo soit d’application dans beaucoup de villes flamandes depuis longtemps comme, Hasselt ou Gand. Le problème est ailleurs. Il est dans l’affirmation d’un projet politique propre aux Bruxellois qui ne convient pas aux nationalistes.

Par ses déclarations, Theo Francken réveille un débat très ancien du nationalisme Flamand. Faut-il laisser tomber Bruxelles, ou la conquérir ? Historiquement c’est toujours la seconde option qui s’est imposée, pour des raisons stratégiques autant qu’économiques. La Flandre à d’ailleurs fait de Bruxelles sa capitale. Mais, le débat n’a jamais été clos. Au sein de la N-VA l’évolution sociologique et politique de Bruxelles remet en cause la stratégie de conquête. Reste comme le dit Theo Francken à envisager la cassure avec une ville multiculturelle dominée par les francophones. Mais cette ville, est aussi enclavée en Flandre et en est le poumon économique. Entre le cœur et la raison, Bruxelles est décidément un dilemme infernal pour les nationalistes.

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK