La N-VA veut Bruxelles sous tutelle

C’est passé relativement inaperçu dans le tumulte médiatique qui a suivi l’arrestation de Salah Abdeslam, mais en une seule interview à l’Echo, le ministre-président flamand Geert Bourgeois (N-VA) a remis à l’ordre du jour toutes les poncifs nationalistes en matière de revendication communautaire.

Bruxelles cogérée

Vieille antienne du mouvement flamand : Bruxelles n’est pas une région à part entière, la Belgique institutionnelle est basée sur les Communautés linguistiques. Le bon vieux 107quater leur reste toujours en travers de la gorge !

Il faut bien admettre que la Belgique s’est mise toute seule dans les problèmes en refusant de choisir en 1970 entre un fédéralisme basé sur les Communautés (thèse flamande) et un autre basé sur les Régions (thèse wallonne) ? Avec la dernière réforme de l’Etat, on touche les confins de l’absurde institutionnel où une même compétence se retrouve écartelée entre les niveaux de pouvoir.

Il a fallu que les Wallons cèdent sur Fourons pour que la Région bruxelloise voie le jour, que simplement la Constitution soit d’application. C’est souvent comme ça les négociations avec la Flandre, les Francophones doivent toujours payer deux fois.

Et ce n’est pas fini, puisque le ministre-président nationaliste refuse toujours de reconnaître le statut de Bruxelles, attend les futures négociations et en appelle à une mise sous-tutelle conjointe de la région-capitale. En 2010, Bart De Wever souhaitait que Bruxelles soit un condominium géré par les deux Communautés.

Avec de vieux arguments

Bruxelles reste considérée comme la capitale de la Flandre… même si désormais elle n’envoie plus aucun député flamand à la Chambre, faute d’électeurs flamands en nombre suffisant. Considérer comme SA capitale une région où on ne représente que moins de 10% de la population confine au ridicule. Mais le nationalisme flamand a ses raisons que la Raison ignore.

Pour tenter de contrecarrer cette réalité arithmétique, Geert Bourgeois est obligé de tordre la réalité affirmant que le français devient minoritaire, tout comme le néerlandais. Ce dernier l’est depuis près de deux siècles et le français reste la langue la plus utilisée dans les contacts quotidiens.

Pour le nationalisme flamand qui se base sur une approche essentiellement linguistique et culturelle plus qu’économique de notre système institutionnel, la multiculturalité de la région bruxelloise est devenue le principal argument pour en nier l’existence à part entière.

Pour autant, la réalité bruxelloise possède aussi ses propres faiblesses : un chômage très élevé, une classe moyenne qui s’étiole, une mobilité erratique, une formation déficiente, une immigration mal gérée, etc…

Geert Bourgeois pointe aussi l’organisation de la région : 19 communes, 19 CPAS, 6 zones de police, etc… mais aussi, ce qu’il omet, un parlement où il on a gonflé artificiellement le nombre de députés pour qu’il y ait encore quelques élus flamand.

C’est un euphémisme, la gestion de Bruxelles n’est pas optimale et il en va de la responsabilité des Bruxellois. Mais les évènements des dernières semaines démontrent qu’ils ne sont pas les seuls.

La mise sous-tutelle de Bruxelles est d’ores et déjà à l’ordre du jour de 2019.

 

@PhWalkowiak

 

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