La Furie espagnole, ou l'indignation "sélective" de la N-VA

Rien ne va plus entre les nationalistes flamands et Madrid. Cette fois, ce ne sont pas les indépendantistes catalans qui sont en cause, mais bien un vieux dossier historique.

Nous sommes en 1576, le 3 novembre plus précisément. A Anvers, les soldats espagnols de l’Armée des Flandres n’ont plus été payés depuis plus deux ans. Mécontents, ils décident de se mutiner, et de piller la ville. L’attaque va durer trois jours, et mènera aux pires atrocités : pillage, viols, saccages, incendie de l’Hôtel de Ville et torture. Certains historiens évoquent un bilan de plus de 10.000 morts… D’autres de quelques centaines… Mais quoi qu’il en soit, cet événement, appelé le Sac d’Anvers, ou encore la Furie espagnole, marquera profondément les Anversois.

De 1576 à 2020

Comment cet épisode du 16e siècle en est venu à provoquer, aujourd’hui, une tension entre Anvers et la capitale espagnole ? Le 31 janvier dernier, la ville de Madrid a autorisé la tenue d’une grande cérémonie de commémoration en hommage aux soldats de l’Armée des Flandres. L’annonce de cet événement n’a pas plu à tout le monde. Le bourgmestre d’Anvers, Bart De Wever, s’est fendu d’une lettre adressée au maire de Madrid. Il écrit : "L’administration anversoise a évidemment du respect pour l’histoire espagnole et pour la liberté d’expression. Mais la glorification de ce passé témoigne, selon nous, d’un manque absolu du respect le plus élémentaire". Et il poursuit : "En mémoire aux innombrables victimes, nous condamnons donc fermement cette initiative".

La lettre a été lue en espagnol par Bart De Wever face à ses conseillers communaux. Tous ont d’ailleurs appuyé cette démarche, mis à part le chef de groupe du Vlaams Belang, Sam Van Rooy, qui a eu un petit moment d’hésitation.

Vox

Ce moment de doute ne vient pas de nulle part : la commémoration du 31 janvier a été lancée à l’initiative du parti espagnol d’extrême droite, Vox, qui siège aujourd’hui à la municipalité de Madrid. Il n’était donc sans doute pas évident pour le Vlaams Belang de condamner un événement nationaliste organisé par un parti frère, d’autant que cette commémoration tient à cœur aux extrémistes espagnols.

Vox, qui a gagné du terrain en Espagne, a ces derniers temps remis au goût du jour l’intérêt pour d’illustres événements historiques. Rien d’étonnant puisque, comme le rappelle le journaliste et historien Marc Reynebeau, glorifier le passé est une pratique inhérente aux mouvements nationalistes.

Pourquoi le 31 janvier ?

Le 31 janvier symbolise la date lors de laquelle cette même armée espagnole a remporté la bataille de Gembloux en 1578. Plus de 440 ans plus tard, la commémoration a effectivement bien eu lieu à Madrid, avec au menu notamment la reconstitution d’une base d’infanterie de l’époque, costumes et ambiance à l’appui.

La lettre de Bart De Wever n’aura donc pas eu de réel impact. Et si certains ont malgré tout salué la démarche du bourgmestre d’Anvers, d’autres ont dénoncé une indignation sélective. Récemment, la N-VA s’est en effet opposée à la suppression du nom d’une rue portant le patronyme d’un ancien collabo nazi. La ville d’Anvers a également jugé inutile de se joindre à d’autres villes flamandes pour officiellement dénoncer les politiques homophobes menées en Pologne.

Aux yeux du journaliste Sacha Van Wiele de la Gazet van Antwerpen, cette différence de traitement est intimement liée à une réalité économique et politique. Une réalité qui entraîne des choix stratégiques pour la ville d’Anvers, mais aussi pour le parti du bourgmestre.

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