La frontière illusoire

Philippe Walkowiak
Philippe Walkowiak - © RTBF

La Belgique décide donc de rétablir les contrôles à la frontière franco-belge, sur base d’une décision judiciaire française… qui n’a pas encore été prise !

Mais l’emballement médiatique a fait que, le ministre de l’Intérieur ayant annoncé des mesures suite à la fermeture d’une partie du camp de réfugiés de Calais, ces mesures devaient être présentées même si la fermeture n’était pas effective.

Communication

Dans ces dossiers de migrants "en balade" en Europe, l’annonce de la mesure est devenue plus importante que l’efficacité de la mesure elle-même.

Déjà en 2002, le ministre français de l’Intérieur de l’époque, Nicolas Sarkozy, avait prétendu qu’en fermant le camp de réfugiés de Sangatte, face au tunnel sous la Manche, ces problèmes de migration allaient être réglé. On connaît la suite…

Un éventuel débordement d’illégaux désireux de rejoindre la Grande-Bretagne a beaucoup ému la Flandre-Occidentale. Le gouverneur CD&V de cette province n’a de cesse de demander à renforcer les mesures pour éviter coûte que coûte que ces réfugiés n’envahissent sa touristique "Vlaamse Kust".

Le très flamand gouvernement fédéral se devait de montrer qu’il prend mesure de la "menace". Va donc pour des renforts policiers, gyrophare en tête.

Passoire

Imaginer que quelques dizaines de policiers vont arrêter des hommes, des femmes et des enfants qui ont fui les bombes, les massacres, traversé la Méditerranée sur une coquille de noix, marché à travers l'Europe, vécu dans des conditions misérables est aussi illusoire que de croire que l'on résout les problèmes de réfugiés à coup de bulldozer.

Le gouvernement socialiste français comme le gouvernement belge entendent montrer qu'ils agissent, mais, malheureusement, tout cela risque d'être vain.

La Flandre craint pour son tourisme, mais la frontière franco-belge est une passoire. Quelques dizaines de kilomètres plus au sud entre Tourcoing et Mouscron, il suffit ainsi de changer de trottoir pour changer de pays.

De même sur le plan politique, l’opposition peine à trouver le ton. Dans un tweet, André Flahaut (PS) voyait dans ces contrôles une "dangereuse dérive"oubliant que la situation à la frontière franco-belge est née de la volonté du gouvernement français… socialiste !

Politiquement, la question est très sensible.

La Belgique devrait se préparer à un nouvel afflux de réfugiés ; fermer un bout de frontière ne sera pas la solution avec le risque de voir se créer de nouveau camp de réfugiés dans les dunes.

La solution est au niveau européen. Le reste n'est finalement qu'illusion d'agir.

 

@PhWalkowiak

 

 

Et aussi

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK