"La crainte d'être contaminés par la N-VA est plus forte que la peur du coronavirus"

Philippe Walkowiak
Philippe Walkowiak - © RTBF

Par la grâce d’une pandémie, la Belgique est donc dotée d’un gouvernement fédéral de plein exercice. Le premier parti du pays, la N-VA, ne fait pas partie de la solution parce que ECOLO et le PS (quoique son président ait tenté le contraire) ne le voulaient pas, ce que tous les autres partis ont finalement accepté. Ce gouvernement fédéral ne dispose pas d’une majorité en Flandre, ce que même le CD & V a avalisé. En deux semaines, beaucoup de certitudes se sont effondrées.

Amère N-VA

Le gouvernement Wilmès II est issu de la méfiance de certains partis francophones à l’égard de la N-VA. Il eût été beaucoup plus logique de mettre sur pied un gouvernement de crise, avec un programme et une durée de vie restreints, composé des plus grands partis du Nord et du Sud du pays. Nous étions disposés à mettre les différences de côté mais nous avons été rejetés avec insolence et froideur. Apparemment, la crainte d’être contaminés par la N-VA est plus forte, pour certains partis, que la peur du coronavirus, constatait amer le chef de groupe à la Chambre, Peter De Roover.

Constitutionnellement, un gouvernement en affaires courantes pouvait effectivement gérer la pandémie qui frappe le pays, doté qui plus est, des pouvoirs spéciaux. Politiquement, cela paraissait plus délicat et ce gouvernement de salut public permet surtout de postposer la crise politique et institutionnelle dans laquelle se débattait le pays.

Patrick Dewael et les partis francophones ont emporté la mise. La constitution d’un gouvernement Wilmès III (avec les écologistes et socialistes) demeure bien plus aléatoire.

Quels super-pouvoirs ?

Wilmès II et ses soutiens extérieurs sont attendus au tournant. La nouvelle majorité n’est toujours pas arrivée à se mettre d’accord sur le contenu de la loi organisant les pouvoirs spéciaux à accorder au gouvernement fédéral. Dans les entités fédérées, c’est déjà voté. Pas au fédéral. Pourtant, tout le monde (y compris N-VA ou PTB) soutient le recours aux pouvoirs spéciaux.

Tout d’abord, écologistes et socialistes ne font pas une confiance aveugle à un gouvernement bleu horizon (10 libéraux sur 13 ministres !) quand il s’agira de prendre les mesures économiques et sociales liées à la pandémie. La loi de pouvoirs spéciaux devra donc spécifier qu’il ne sera pas question de toucher à la protection sociale ou au pouvoir d’achat.

Ensuite, il conviendra d’organiser le travail très spécifique de ce gouvernement ultra-minoritaire soutenu de l’extérieur. Inédit sous nos latitudes. Sophie Wilmès a laissé entendre que tous les partis seraient associés dans une espèce de kern élargi aux présidents de parti. Tous ? Ceux qui ont voté la confiance ? Après avoir décliné, la N-VA entend en être ; ECOLO ne souhaite pas cette présence.

Dans les rangs nationalistes, on mobilise déjà contre ce " gouvernement libéral soutenu par la gauche wallonne, minoritaire en Flandre ".

L’unité affichée risque rapidement de se craqueler.

 

@PhWalkowiak

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