La chute de la maison Michel

Philippe Walkowiak
Philippe Walkowiak - © RTBF

En ce 21 décembre, Bart De Wever (48) et Charles Michel (43) fêtaient chacun leur anniversaire. Pour chacun des deux principaux protagonistes de la législature qui s’achève, la fête risque d’avoir un goût très différent.

Le pari impossible

Bart De Wever se sera vu offrir pour son anniversaire deux jolis cadeaux : une toute nouvelle majorité à Anvers (avec libéraux et socialistes(!), sans ce blême CD&V de Kris Peeters) et la chute d’un gouvernement " belge " sur la question des migrations et donc de l’identité de la Flandre. Champagne !

Charles Michel aura vu se concrétiser la chronique d’une chute annoncée depuis les élections communales. Meurtrie autant que surprise par son mauvais score (au profit du seul Belang), la N-VA a décidé de revenir à ses fondamentaux. Le Pacte onusien sur les migrations a fourni le prétexte. Les nationalistes se devaient de sortir du carcan du belgian correct, retrouver leur position du " seul contre tous ", qui a forgé leur succès électoral. Tant pis pour Charles Michel, désormais Vlaams Belang mais aussi CD&V et Open VLD constituent les adversaires contre lesquels la N-VA doit gagner des " parts de marché ".

A l’inverse, les libéraux francophones ont compris au soir des communales qu’ils devaient marquer le halte-là vis-à-vis de la N-VA et de ses positions identitaires ou climato-sceptiques. Entre eux deux, cela devenait invivable. Les ministres N-VA en ont tiré les conséquences.

La N-VA retournait à ses vieux démons, faisant craquer le vernis de respectabilité que Charles Michel et les siens ont tenté de passer sur le parti nationaliste pendant quatre ans.

Eviter le 3 février

Le gouvernement fédéral sortant dispose d’un vrai bilan. On peut le contester, mais ce bilan existe. Il reste à savoir ce que chacun (ex-majorité ou ex-opposition) pourra en faire.

La N-VA a embarqué dans cette barque fédérale en acceptant de renoncer au communautaire (même si bon nombre de mesures ont été prises au fédéral dans l’intérêt premier de la seule Flandre), tablant sur des réformes économiques chères au VOKA, pour finir en discours identitaire à la remorque du Vlaams Belang ou de la Hongrie de Orban et l’Italie de Salvini !

Évincé en 2014 par PS et cdH dans les régions, Charles Michel n’aura vu son salut que dans une fuite en avant avec la N-VA, dans un gouvernement fédéral ne représentant que moins de 25% des Francophones, tout en reniant plusieurs engagements de campagne. Mais il disposait d’un programme socio-économique cohérent à défaut d’être partagé par le plus grand nombre au sud du pays.

La N-VA a retiré la prise. Le gouvernement est tombé. En toute logique, les citoyens belges auraient dû être appelé aux urnes, le dimanche 3 février, 40 jours après la chute du gouvernement Michel. Mais, mis à part la N-VA ou le Vlaams Belang, personne ne veut d’élections. PS ou MR pensent pouvoir démontrer que l’autre est facteur d’incurie.

Le gouvernement résiduaire se retrouve minoritaire et ne peut plus compter que sur la bonne volonté (?) d’une opposition désormais majoritaire.

Pour la première fois depuis 1831, la Belgique va se retrouver avec un gouvernement fédéral quatre mois en affaires courantes… avant de retomber une nouvelle fois en affaires courantes (sic) mi-avril à la dissolution des Chambres. Pour combien de temps ?

Si lors du scrutin du 26 mai 2019, le citoyen estime que tout cela ne le concerne finalement que très peu et en tire les conséquences, il faudra être de mauvaise foi pour s’en étonner.

 

@PhWalkowiak

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