La chronique de Philippe Walkowiak: Francken ou la collaboration avec une dictature

Philippe Walkowiak
Philippe Walkowiak - © RTBF

C’est comme si la police de Mussolini en 1926, la police nazie en 1938, la police communiste roumaine ou polonaise en 1949, la police vietnamienne en 1975 ou la police syrienne en 2016 étaient venues identifier ses ressortissants, réfugiés chez nous, à la demande des autorités belges.

En paradant avec ses invités soudanais, Theo Francken ne voit pas où est le problème et considère le Soudan comme n’importe quel autre pays africain.

Collaboration

Obnubilé par sa volonté de "nettoyage", voire par la popularité que son action lui procure dans les trois Régions du pays, le secrétaire d’État en vient à mettre le Soudan sur le même pied que d’autres États. Pour rappel, ce pays est considéré comme une dictature dont le président est le seul en exercice dans le monde à être sous le coup de deux mandats d’arrêt lancés par la Cour pénale onternationale pour "génocide, crimes contre l’humanité et crimes de guerre présumés au Darfour", rien que cela !

Voilà pour les invités de Theo Francken…

La Ligue des Droits de l’Homme, 11.11.11 et même le Haut-Commissariat aux Réfugiés de l’ONU s’insurgent contre cette pratique qui permettrait à la police d’une dictature d’identifier des opposants, de faire pression sur leur famille restée au pays. Le secrétaire d’État n’en a cure, persiste et signe.

Popularité = impunité

Cela tombe plutôt mal pour un gouvernement belge en pleine campagne à l’ONU pour tenter de décrocher un siège provisoire au Conseil de sécurité. Le Premier ministre et le chef de la diplomatie belge, en voyage avec Theo Francken, préfèrent regarder ailleurs. Il est notamment impossible de savoir si cette complicité nouvelle avec une dictature génocidaire a été concertée au niveau fédéral ou si elle ressort d’une initiative personnelle du secrétaire d’État N-VA.

De toute façon quelle est la marge de manœuvre de Charles Michel, si ce n’est embellir la collection de "cadres" qu’il offre régulièrement à son secrétaire d’État ?

Theo Francken est populaire, défendu par Bart De Wever et accessoirement le dauphin programmé de ce dernier. Même si cela fait hurler les belles âmes bien pensantes, la manière d’agir du secrétaire d’État N-VA séduit une large part de l’opinion, comme Maggie De Block avant lui. On notera simplement que la popularité de cette dernière n’a pas profité à son parti.

La question est aujourd’hui plus générale : la Belgique peut-elle permettre de se compromettre avec une des pires dictatures de la planète ? Même si cela peut plaire à une partie de la population et satisfaire les ambitions du premier parti du pays.

Au-delà de la politique, il y a bien plus : la dignité et la défense des fondements d’une démocratie.

@PhWalkowiak

En savoir plus sur l'affaire polémique de "collaboration" avec le Soudan :

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