Une grenade à vélo: étape chinoise, 9000 km dans les jambes!

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Après 9000 km de vélo (et quelques trains), nous sommes arrivés en Chine ! C’est dingue. Juste dingue ! Dès la frontière passée, tout change : la fourchette devient baguette et les odeurs de nouilles sautées aux piments nous font baver jusque par terre. Ce qui semblait n’être que des petits points sur une carte se transforme en villes grouillant de monde. Ici, les hommes se raclent la gorge d’un bruit puissant avant de cracher et ne s'intéressent pas au passage de deux gringos à vélo. Après des mois de voyage au Moyen-Orient et en Asie Centrale, voir des femmes se déplacer seules en vélo ou moto nous étonne. Une autre chose nous surprend : les femmes chinoises occupent aussi des professions qui seraient considérées comme “masculines” en Belgique. Elles sont, par exemple, chauffeuses de taxi, jardinières, ouvrières dans le bâtiment, garagistes ou mécaniciennes. Alors que dans le monde une femme sur six est chinoise, je me rends compte que je ne sais absolument rien de leur histoire et de leurs revendications. Ce mois-ci, remontons le temps pour tenter de comprendre les grandes lignes de l’histoire des femmes en Chine.

Pieds bandés, concubinages et seigneurs de guerre

Pour mieux comprendre les pays que je traverse, j’ai bourré ma liseuse de livres écrits par des femmes et/ou sur des femmes. Pour la Chine, j’ai choisi “Wild Swans, three daughters of China” de Jung Chang. En racontant l’histoire de 3 générations de femmes, Chang met en lumière les grands changements que le pays a traversés.

Au début de l’ouvrage, Chang décrit la vie de sa grand-mère à une époque où les territoires sont contrôlés par des warlords, les seigneurs de guerre. Son père n’a qu’une ambition : la marier. À 15 ans, elle se retrouve concubine d’un seigneur de guerre.

Elle fait partie de la dernière génération à avoir eu les pieds bandés. Selon la croyance, cette pratique, qui visait à atrophier les pieds pour leur donner une forme de lotus, voulait que “une femme trottinant sur ses pieds atrophiés était censée avoir un effet érotique sur les hommes, cette vulnérabilité manifeste provoquant, disait-on, chez la gent masculine des sentiments protecteurs”. Les femmes ne pouvant se déplacer facilement, elles étaient contraintes de rester dans le domicile familial et ne pouvaient travailler. Les sociétés pour l’émancipation des pieds, appelées Bù chánzú huì, qui luttaient contre cette pratique, sont d’ailleurs l’un des premiers mouvements du féminisme chinois.

Le communisme : vers l’égalité ?

À l’arrivée de Mao au pouvoir en 1949, l’histoire des femmes chinoises prend un tournant : le concubinage est officiellement interdit et une loi sur le mariage accorde aux femmes le droit à la propriété en cas de divorce. La collectivisation du secteur agricole modifie la position des femmes paysannes : des millions de femmes deviennent rémunérées.

Cependant, l’égalité pour le bien-être des femmes n’était pas au programme : il s’agissait surtout d’augmenter la force de travail. Comme la structure familiale chinoise repose traditionnellement sur les épaules des femmes, elles paient alors le prix fort, celui du double fardeau, c’est à dire du travail visible et de l’invisible, le domestique.

À cette époque, le coût identitaire pour les femmes est aussi considérable. Chang décrit : “Parce que Mao appelait les femmes à être des militantes communistes, la féminité était condamnée pendant que ma génération grandissait. Beaucoup de femmes essayaient de parler, marcher et agir comme des hommes agressifs et brutaux. Il n’y avait, de toute façon, pas beaucoup de possibilités d’exprimer notre féminité. Pour commencer, nous étions obligées de porter des vêtements gris, bleus ou verts sans forme.”

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Le féminisme moderne, entre #MeToo et arrestations

C’est à l’ouverture des marchés vers l’étranger, en 1980, que la notion de féminisme est apparue en Chine. Dernièrement, le mouvement #MeToo s’est lui aussi propagé dans les universités chinoises mais s’est rapidement fait censurer. En 2015, cinq féministes se sont fait arrêtées et emprisonnées alors qu’elles distribuaient des tracts contre le harcèlement dans le métro.

En Chine, le mot “féminisme” reste pourtant tabou et peu populaire. Selon la sociologue et activiste Yinhe Li, il se traduirait en mandarin par núquán, voulant dire “droit des femmes”. Le mot “droit” en Chine reste sensible car il est associé à l’apparition de troubles sociaux, ce que le gouvernement chinois déteste.

Sarah, journaliste originaire de Kunming, m’explique : “En Chine, il n’y a pas de place pour se plaindre ni revendiquer des droits car la pression est énorme. Dans les entreprises par exemple, il faut travailler très dur car il y a beaucoup de compétition. Il y aura toujours quelqu’un qui attend pour prendre votre place. Du coup, la notion de droits des femmes n’a pas beaucoup de place pour se développer”.

Une histoire complexe

L’histoire des femmes chinoises est complexe vu les changements rapides que le pays a vécu et sa taille immense. Le livre de Chang le montre particulièrement bien : seulement sur trois générations, les femmes chinoises mènent des vies complètement différentes. Pour mieux m’y retrouver, rendez-vous est pris avec des collectifs féministes à Beijing, le hub du féminisme moderne. Une chose est sûre : cela méritera bien un autre article !

" Les Grenades-RTBF " est un projet soutenu par Alter-Egales (Fédération Wallonie-Bruxelles) qui propose des contenus d'actualité sous un prisme genre et féministe. Le projet a pour ambition de donner plus de voix aux femmes, sous-représentées dans les médias.

 

 

 

 

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