La campagne électorale ou le Désert des Tartares

Philippe Walkowiak
Philippe Walkowiak - © RTBF

Comme dans l’œuvre de Dino Buzzati, chaque parti semble face au désert qui le sépare du scrutin et attend cette bataille finale inexorable. Ici, la date d’échéance, le 26 mai, est certes connue mais chacun semble se résoudre à attendre le jour fatidique, presque avec résignation, comme si les jeux étaient faits. Dès lors, la campagne électorale se limite à des escarmouches où chacun répète des éléments de langage, comme un pis-aller ou un exercice obligé. Chacun dans son fortin, face au Désert (de la campagne) des Tartares.

Flandre

Au nord du pays, chacun semble avoir intégré que la N-VA arrivera largement en tête le soir du 26 mai. Chacun se comporte donc dans cette perspective… y compris la N-VA elle-même.

Bart De Wever estime qu’il sera incontournable et se comporte comme tel, théorisant déjà (et à nouveau) l’évaporation de la Belgique et la constitution rapide d’une majorité au gouvernement flamand autour de sa formation, face à l’incurie (forcément) qui règnera pour la formation de l’exécutif fédéral.

La N-VA fait savoir qu’elle ne veut pas de socialistes et encore moins d’écologistes, et exprime un veto à l’égard d’ECOLO et du PS… mais moins à l’égard du SP.A avec qui elle dirige Anvers.

L’Open VLD semble avoir déjà intégré qu’elle figurera dans la prochaine coalition, quoiqu’il arrive et le CD&V tergiverse face à l’ogre N-VA. Tout cela fait que seul Groen n’a dès lors d’autre choix que de se poser en seule alternative aux nationalistes, ce que ces derniers leur rendent bien !

Wallonie et Bruxelles

Au sud du pays, les trois " vieilles " familles politiques ont intégré le fait qu’elles feront généralement " moins bien " qu’en 2014 et que tout sera désormais question de proportion. Le Parti Socialiste risque bel et bien de passer sous son minimum historique (29,4% en 1999 en Wallonie) ; l’heure n’est pas à la remise en question mais bien à conserver la position de premier parti, celle qui permet de lancer la formation des exécutifs régionaux.

Au cdH, on espère simplement garder un seuil qui puisse faire en sorte que le parti garde des atouts de partenaire éventuel. DéFI compte en être à Bruxelles.

Au MR, c’est haro toute sur ECOLO et les " gauches " en général. Une opération " sauve-qui-peut " qui isolent un peu plus les libéraux, surtout avec un cdH patraque.

Enfin, les Verts capitalisent sur la vague " climat ", essaie avant tout d’éviter la bourde fatale, semble se confiner dans leur bunker.

Tout cela explique pourquoi cette campagne s’exonère le plus souvent de grand débat de fond (tout le monde veut mieux d’Europe, lutter efficacement contre le réchauffement climatique et la précarité). La campagne se déroule plus discrètement au porte-à-porte ou sur les réseaux sociaux. Des escarmouches, plus que des grands mouvements. Plus que 20 jours d’attente…

 

@PhWalkowiak

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