La Belgique vit un petit Brexit

La Belgique vit son petit Brexit
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Ce dimanche nous avons vécu une sorte de « Brexit ». Bien sûr, nous n'avons pas décidé de sortir de l'Union. Mais sur deux points, des rapprochements sont possibles. La division et la sidération. 

D’abord, on voit bien ce que ce vote charrie comme divisions, comme profonde césure entre le nord et le sud. Avec 43 députés flamands séparatistes sur 87, il est difficile de ne pas voir en quoi ce vote porte en lui l’envie d’un Vlaamsxit. Une sortie de la Flandre de la Belgique. Ce fantasme ultime de la politique belge, toujours imaginé, jamais consommé, nous est une fois de plus imposé par les urnes. 

Inutile de crier au loup, ce fantasme restera très certainement un fantasme tant les sondages d’opinion montrent qu’il n’y a, à la différence du Brexit, pas de majorité en Flandre pour les séparatistes. Mais une majorité confédéraliste par contre. Le vote du Brexit n’était lui non plus unilatéralement souverainiste. C'était aussi un vote anti-immigration et un vote social… Comme l’est le vote Vlaams Belang qui a sans doute autant marqué de points sur l’immigration que sur le retour de la pension à 65 ans.

Mais ce n’est pas sur le point de la division que le rapprochement avec le Brexit est le plus évident.

Sidération

Ce qui nous rapproche du Royaume-Uni, c’est l’état de sidération dans lequel se trouve la classe politique. J’ai passé ma journée d’hier à sonder nos élus et je peux vous dire que j’ai rarement entendu, même au plus profond de la crise des 541 jours, autant de dépit.

Comme pour le Brexit, ce vote est quasiment inassumable. Les conséquences du vote sont ingérables. Il plonge la classe politique dans une grande angoisse. Alors oui il y a évidemment des possibilités de coalitions qui existent, avec ou sans la N-VA, mais ce serait des coalitions de perdants, plus Ecolo-Groen. Des maxi coalitions où personne n’y gagnera vraiment, sauf la médaille du « sens de l’État ». Le futur Premier ministre peut se préparer un destin à la Theresa May, un destin tragique qui se terminera en larmes en étant fier d’avoir servi le pays qu’il aime.

Imaginer une coalition des « raisonnables » en laissant dans l’opposition le Vlaams Belang, la N-VA et le PTB ? On peut essayer, on y arrivera peut-être après beaucoup de temps. On y arrivera sans doute d’ailleurs. Mais ce sera une formule contre nature car toutes les formules possibles désormais sont contre nature. La coalition des « raisonnables » avec 7 ou 8 partis d’Ecolo à l’Open Vld, en passant par le CD&V et le PS… ne risquent-ils pas surtout de faire grossir encore les rangs nationalistes en 2024 ?

Retour aux urnes

Oui nous vivons un « Brexit » à la belge, un scrutin inassumable. Et comme pour le Brexit, il en découle une solution « inavouable » qu’aucun politique n’osera prononcer, mais que nous « observateurs » pouvons exprimer. Il faudra sans doute « revoter ». C’est une possibilité que tous les acteurs du grand jeu qui s’est ouvert ont en tête. Une possibilité qui aujourd’hui est évidemment très vite évacuée. Elle apparaît déraisonnable car les électeurs exprimeront encore plus un vote de rejet, de colère. Oui c’est vrai ce serait déraisonnable d’aller revoter. Mais après un ou deux ans de crise ou de gouvernement de salut public bancal, nous verrons sans doute les choses autrement. C’est une solution déraisonnable parmi les autres solutions déraisonnables. Revenir aux urnes est en tout cas une solution qu’il nous faut garder à l’esprit, comme elle plane dans l’esprit de tous les Britanniques depuis trois ans…

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