La Belgique s'est arrêtée le 26 mai 2019

Philippe Walkowiak
Philippe Walkowiak - © RTBF

Rien n’a bougé depuis les élections. Pourtant, N-VA et PS disent la même chose : pourquoi renoncer aux engagements pris devant les électeurs et accomplir le programme de l’autre ?

Le président socialiste Paul Magnette n’entend pas mettre en œuvre un programme socio-économique de droite et la réforme de l’Etat voulus par la N-VA qui elle n’entend pas appliquer le programme social du PS.

Et comme chacune de ses formations ne se présente que dans "sa" communauté, il est impossible de dire quel modèle le "Belge" préfère. Là réside l’un des blocages du système belge. Chacun chez soi. Unique dans une démocratie.

Consensus impossible

L’instauration du suffrage universel et du système électoral à la proportionnelle a engendré le nécessaire consensus pour former un gouvernement national puis fédéral. Facile quand il y a trois partis, beaucoup plus compliqué aujourd’hui avec 13 formations représentées à la Chambre, avec des extrêmes très nourris. Là aussi, le système belge n’a pas été conçu pour cela. Celui-ci a été pensé pour fonctionner au consensus et rien n’est prévu en cas d’absence de consensus. Vice de construction.

Partant de ces constats, les discussions entre PS et N-VA ne pouvaient que déboucher sur un échec. Les antagonismes demeurent trop puissants et de plus, ces deux formations sont sorties meurtries du dernier scrutin : pour la première fois de sa (jeune) histoire, la N-VA a encaissé un net recul, quant aux socialistes, ils sont tout simplement tombés à leur plus bas niveau électoral. Ce n’est pas dans ses conditions que l’on se montre téméraire.

L’arc-en-ciel, une illusion d’optique

Si la N-VA semblait tentée par laisser pourrir la situation (ce qui ne fait que conforter son point de vue d’une "Belgique ingérable"), le PS a décidé de mettre le halte-là. Retour au Palais, à cette case "départ" que l’on n’a jamais véritablement quittée depuis le soir des élections, le 26 mai. D’ailleurs, les déclarations des uns et des autres résonnent de la même manière.

Pour tenter de sortir du piège qui l’enserre, le PS tente désormais de déplacer la pression vers le CD&V et surtout l’Open VLD pour qu’ils lâchent la N-VA.

Cette coalition différente souffre d’un mal atavique : elle est minoritaire en Flandre. De plus, l’arc-en-ciel (socialistes + libéraux + écologistes du nord et du sud) ne pèse que 76 députés sur 150. Très étroit pour manœuvrer face à des nationalistes (N-VA + VB) déchaînés. Un élargissement au CD & V procurerait plus d’aplomb mais accentuerait le caractère hétéroclite d’un équipage apparaissant plus que jamais comme un front "anti-nationalisme flamand" au risque de conforter celui-ci.

A ce stade, libéraux et chrétiens-démocrates du Nord n’en démordent pas : la N-VA doit faire partie de la coalition fédérale. Il est vrai qu’après avoir constitué un gouvernement flamand qui laisse la part belle aux revendications et avancées nationalistes, ces deux partis apparaissent comme les alliés attitrés du parti de Bart De Wever.

Le calendrier politique "belge" indique toujours le 26 mai.

 

@PhWalkowiak

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK